Cette décision d’Assassin’s Creed a tout changé » : un ex-directeur balance enfin

Assassin's Creed a ajouté des éléments RPG pour "étoffer" les jeux, dit un ex-directeur

La transformation radicale d’Assassin’s Creed vers des mécaniques RPG ne relève pas du hasard. Cette évolution, qui divise encore aujourd’hui la communauté, trouve ses origines dans des contraintes économiques spécifiques que traversait l’industrie vidéoludique au début des années 2010. Alex Hutchinson, ancien directeur d’Assassin’s Creed 3 et Far Cry 4, révèle les dessous de cette métamorphose qui a redéfini l’identité même de la franchise.

La pression économique derrière l’évolution RPG d’Assassin’s Creed

Les révélations d’Alex Hutchinson dans une interview accordée à GamesRadar éclairent d’un jour nouveau les motivations réelles derrière cette transformation majeure. L’ancien directeur explique qu’une pression considérable s’exerçait alors au sein d’Ubisoft pour « garder le disque dans la console » et retarder ainsi la revente des jeux.

Cette préoccupation n’était pas anodine : GameStop était le seul acteur à générer des profits substantiels sur le marché de l’occasion, laissant les développeurs sans revenus supplémentaires. Face à cette problématique, les concepteurs recevaient des directives claires pour augmenter la durée de vie des titres, une solution perçue comme avantageuse pour les joueurs dans une franchise où le multijoueur n’avait jamais vraiment trouvé son public.

L’intégration d’éléments RPG représentait alors la solution la plus économique pour répondre à ces exigences. Comparativement au développement coûteux de véritables jeux d’action purs, l’ajout de systèmes de progression, de collectibles et de mécaniques de farm permettait d’étendre artificiellement la durée de jeu sans exploser les budgets de production.

Origins : le tournant décisif vers les mécaniques de rôle

Assassin’s Creed Origins marque le point de bascule définitif de la série vers cette nouvelle direction. Ce choix stratégique d’Ubisoft transforme fondamentalement l’expérience de jeu, introduisant des systèmes de niveaux, des arbres de compétences et une approche plus quantitative du contenu.

Cette évolution s’accompagne de ce que les joueurs appellent désormais le « bloat » : une accumulation d’activités secondaires, de collectibles et de missions sans réelle conséquence narrative. Les cartes se remplissent de marqueurs, transformant l’exploration en véritable chasse aux points d’interrogation.

Période Approche Durée moyenne Focus principal
2007-2015 Action-Aventure 15-25h Narration linéaire
2017-présent Action-RPG 60-100h Progression et contenu

Paradoxalement, cette transformation controversée n’a pas nui à la popularité commerciale de la franchise. Hutchinson souligne qu’Assassin’s Creed représente probablement la seule série capable de changer complètement de genre tout en conservant son audience, un pari risqué qui s’est avéré payant sur le plan économique.

Le retour aux sources : Mirage et Shadows changent la donne

L’accueil enthousiaste réservé à Assassin’s Creed Mirage atteste la nostalgie persistante des fans pour l’approche originelle de la série. Ce titre, volontairement plus compact, a été perçu comme une bouffée d’air frais par la communauté, rappelant les fondamentaux qui avaient fait le succès initial de la franchise.

De même, l’annonce que Assassin’s Creed Shadows proposera une carte plus réduite que celle de Valhalla ou Odyssey a suscité un véritable soulagement chez les joueurs de longue date. Cette décision marque potentiellement un retour vers des expériences plus maîtrisées et moins diluées.

Les principales caractéristiques de cette évolution récente incluent :

  • Des cartes plus concentrées privilégiant la qualité à la quantité
  • Une réduction du contenu redondant au profit d’activités plus significatives
  • Un retour aux mécaniques de furtivité et d’assassinat
  • Une narration plus linéaire et mieux rythmée

L’héritage complexe des éléments RPG dans la franchise

Malgré les critiques, l’intégration des mécaniques RPG a permis à Assassin’s Creed de toucher de nouveaux publics et de maintenir sa pertinence commerciale dans un marché en constante évolution. Cette stratégie, qualifiée de « particulière » par Hutchinson, reflète les défis auxquels font face les grandes franchises dans l’industrie moderne.

L’ancien directeur souligne également l’ironie de cette situation : Ubisoft envisageait initialement de transformer Assassin’s Creed en franchise annualisée, une approche qui aurait nécessité des cycles de développement encore plus contraints. L’adoption des éléments RPG a finalement permis d’espacer les sorties tout en maximisant la rentabilité de chaque titre.

Cette évolution soulève des questions fondamentales sur l’identité des franchises dans l’industrie contemporaine. Entre fidélité aux origines et nécessités économiques, Assassin’s Creed illustre parfaitement les compromis que doivent accepter les développeurs pour assurer la pérennité de leurs créations dans un écosystème de plus en plus complexe.

Romain
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