Quinze ans passés chez Ubisoft, un départ vers EA, puis un retour fracassant : Eric Baptizat reprend du service au sein de l’éditeur français, et ce n’est pas pour un rôle anodin. Sa nomination au poste de head of content pour la franchise Assassin’s Creed intervient dans un contexte de remaniement profond chez Ubisoft, qui cherche à recentrer ses forces sur ses licences les plus rentables.
Eric Baptizat, l’homme qui a façonné Valhalla, de retour chez Ubisoft
Difficile de résumer en quelques lignes un parcours aussi dense. Baptizat a rejoint Ubisoft il y a plus de quinze ans et a contribué à certains des titres les plus marquants de la saga Assassin’s Creed. Voici les projets sur lesquels il a travaillé avant de prendre les rênes de Valhalla :
- Assassin’s Creed Black Flag (2013)
- Assassin’s Creed Unity (2014)
- Assassin’s Creed Origins (2017)
- Assassin’s Creed Valhalla (2020, étant game director)
Valhalla n’est pas un titre quelconque. L’un des jeux les plus vendus de la franchise, il a largement contribué aux revenus d’Ubisoft sur le cycle PlayStation 5 et Xbox Series. Baptizat portait donc une responsabilité considérable, et le succès commercial du jeu lui donne une légitimité difficilement contestable.
Après son départ d’Ubisoft, il a rejoint EA Motive, le studio derrière le Dead Space Remake sorti en 2023. Une expérience solide dans un genre différent, action-horreur plutôt qu’open world historique, qui lui a sans doute permis d’affûter sa vision créative. Son retour chez Ubisoft, repéré en premier par VGC, marque clairement une volonté de l’éditeur de miser sur des profils éprouvés plutôt que de tout réinventer.
Franchement, ce recrutement a du sens. Ramener quelqu’un qui connaît la franchise de l’intérieur, qui a vécu ses contradictions, ses arbitrages créatifs et ses contraintes de production, c’est un choix pragmatique. Ubisoft ne cherche pas un visionnaire qui réinvente la roue : il cherche quelqu’un capable de tenir le cap sur une licence qui doit encore performer.
Un poste stratégique qui dépasse la simple direction de jeu
Le titre de head of content pour la marque Assassin’s Creed va bien au-delà de la supervision d’un seul jeu en développement. Baptizat chapeautera l’ensemble des projets majeurs liés à la franchise, y compris les déclinaisons transmédias. Et il y a de quoi faire.
| Projet | Type | Statut |
|---|---|---|
| Assassin’s Creed Hexe | Jeu vidéo | En développement, sortie prévue en 2027 |
| Série Netflix Assassin’s Creed | Série TV | En production |
| Projets cross-media à venir | Divers | Non annoncés |
La série Netflix représente un enjeu particulièrement intéressant. Adapter une licence aussi narrative et dense au format sériel demande une cohérence éditoriale que seul quelqu’un connaissant parfaitement l’ADN d’Assassin’s Creed peut garantir. Baptizat, qui a dirigé Valhalla avec ses dizaines d’heures de lore et de dialogues, a clairement le profil pour superviser ce type de déclinaison sans trahir l’univers.
Pour moi, c’est là que réside la vraie valeur de sa nomination. Un head of content, ce n’est pas seulement quelqu’un qui valide des game designs : c’est le garant de la cohérence d’une franchise sur tous ses supports. Ubisoft mise sur une stratégie multisupport et a besoin d’une tête pensante capable de lier les expériences entre elles.
Un retour qui tombe au bon moment, pour lui comme pour Ubisoft
Baptizat quitte EA à un moment particulièrement tendu pour l’éditeur américain. EA vient d’être racheté par un groupe d’investissement privé, et une vague de licenciements massifs se profile. Partir maintenant plutôt qu’après ressemble moins à une fuite qu’à une décision lucide et bien anticipée.
Du côté d’Ubisoft, le timing est tout aussi logique. L’éditeur traverse depuis 2024 une période de restructuration profonde, avec des suppressions de postes, des projets annulés et une pression forte des actionnaires pour rentabiliser les grosses licences. Recentrer la direction créative d’Assassin’s Creed sur un profil expérimenté, c’est envoyer un signal clair : la franchise reste la priorité absolue.
Assassin’s Creed Hexe, attendu pour 2027, cristallise toutes les attentes. Contrairement aux opus précédents comme Odyssey ou Valhalla, qui misaient sur des mondes ouverts gigantesques, Hexe adoptera une stratégie plus linéaire. Un changement de formule audacieux, surtout après le semi-échec commercial de Shadows malgré ses ambitions. Baptizat devra superviser ce virage sans perdre la base de fans acquise sur les open worlds des dix dernières années.
C’est précisément ce genre de défi qui rend sa mission complexe : il ne s’agit pas de répliquer Valhalla, mais de réinventer la franchise tout en en préservant l’essence. Avec plus de quinze ans de maison, il sait mieux que quiconque où se situent les lignes rouges créatives et commerciales d’Assassin’s Creed. La vraie question n’est pas de savoir s’il est capable, mais si Ubisoft lui donnera les moyens et la liberté nécessaires pour tenir ses ambitions.

