Wild Guns de Gameforge : notre avis sur le retour du jeu

Gunslinger steampunk dans une ville western désertique au coucher soleil

Août 1994. La Super Famicom japonaise accueille un shooter arcade qui va marquer toute une génération de joueurs — Wild Guns. Un titre que Natsume — le développeur derrière des classiques comme Power Blade ou Shadow of the Ninja — avait livré comme un pur concentré de pixels et de plomb. Trente ans plus tard, Tengo Project et Natsume Atari remettent le couvert avec ce remaster qui s’inscrit dans l’univers western futuriste, quelque part entre Far West et mécanique vapeur. La vraie question : est-ce que ce retour tient la route face aux joueurs de 2026 ?

Notre test total de Wild Guns Reloaded : gameplay, contenu et verdict

Permis de tirer : les mécaniques de gameplay à la loupe

Wild Guns Reloaded fonctionne sur un schéma de jeu hérité du genre Cabal ou NAM-1975 : le personnage évolue au premier plan, les ennemis occupent le second plan, et le curseur de visée est dirigé à la manette. Simple sur le papier. Redoutable à l’exécution. La contrainte centrale, c’est que le personnage se fige complètement lors du tir. Impossible de se déplacer et d’attaquer en même temps. Ce détail change tout — il force un arbitrage permanent entre attaque et esquive, et c’est précisément là que naît toute la profondeur du système.

L’arsenal tactique dépasse largement la simple pression du bouton de tir. Sauter, effectuer un double saut, rouler pour esquiver, déclencher un lasso pour paralyser les ennemis, balancer une smart bombe en cas de surchauffe : chaque action a son timing précis. L’attaque au corps-à-corps, activée par une double pression sur le bouton de tir, peut même renvoyer les bâtons de dynamite lancés par les adversaires. Ces subtilités ne s’apprennent pas en cinq minutes. Le jeu ne propose aucun tutoriel — il faut fouiller le manuel virtuel dans les options ou apprendre à la dure, selon une logique die and retry assumée.

La comparaison avec Contra III (sorti en France sous le nom Super Probotector) ou Metal Slug vient naturellement, mais Wild Guns Reloaded a une identité propre. Le mouvement et le tir dissociés créent une tension que ces autres titres ne reproduisent pas. C’est une mécanique qui vieillit bien, précisément parce qu’elle reste intransigeante.

Un remaster plus musclé que l’original : ce qui change vraiment

L’original proposait six stages. Le remaster en livrait huit, avec deux niveaux bonus inédits. Underground remplace Desolation Canyon en mode Normal, tandis que Flying Ship remplace Ammunition Depot en mode Hard. Les six stages de base — Carson City, Armored Train, Gold Mine, Final Fight et les deux susmentionnés — forment une structure où le premier et le dernier niveau sont imposés, les quatre stages intermédiaires étant sélectionnables dans l’ordre souhaité. Chaque niveau se décompose en trois tableaux.

L’affichage passe en 16/9, ce qui élargit la surface de jeu visible sans étirement ni déformation. C’est une bonne décision de design. Le lifting graphique reste perceptible au niveau des explosions, même si certains effets laissent songeur : les ombres pixelisées du stage Underground, notamment, convainquent modérément. Le jeu se boucle en environ 30 minutes sans utiliser de continue, avec 3 vies par stage et des continues illimités. On n’est clairement pas dans le RPG de 80 heures — la rejouabilité repose entièrement sur le scoring et la maîtrise.

Chacun son style : les quatre personnages jouables

Clint et Annie constituent le duo originel. Annie, dont la famille a été massacrée par le gang du Kid, engage Clint — un chasseur de primes — pour se venger. Le scénario tient sur un post-it, et c’est très bien ainsi. Deux nouveaux personnages rejoignent la partie dans ce remaster.

Bullet est un teckel à poil long accompagné d’un drone de combat qui cible automatiquement les ennemis dans une zone délimitée. Sa hitbox réduite et sa capacité à se déplacer en tirant en font un personnage très agile, parfait pour les joueurs qui privilégient la mobilité. Doris, elle, est une rouquine à la carrure impressionnante : lente, très lente, mais dévastatrice. Ses grenades peuvent être cumulées avant le lancement, ce qui permet des explosions en chaîne particulièrement efficaces contre les groupes d’ennemis denses.

Chaque personnage influence immédiatement la stratégie adoptée selon le niveau de difficulté et la configuration multijoueur. Il est possible de personnaliser leur apparence avec 4 couleurs de skin différentes et de modifier la couleur des balles. Un détail cosmétique, mais qui facilite la lisibilité à l’écran quand quatre joueurs tirent simultanément dans tous les sens.

Une difficulté impitoyable et un contenu pensé pour le scoring

Soyons directs — Wild Guns Reloaded est difficile. Plus que l’original. Le remaster a multiplié le nombre d’ennemis simultanément présents à l’écran, ce qui modifie certains tableaux en véritable entraînement à la gestion du stress. Les boss demandent un apprentissage par cœur de leurs patterns — même en mode facile, ils constituent de vraies épreuves. La musique des boss, cela dit, mérite une mention spéciale : certains testeurs la classent parmi les meilleures compositions de boss tous supports confondus. Ce n’est pas rien.

Les sous-boss sont en revanche trop recyclés, et la répétitivité des ennemis de base finit par se faire sentir. D’un tableau à l’autre, les situations se ressemblent un peu trop. C’est la limite du genre arcade pur, et Wild Guns Reloaded n’y échappe pas. Pour avoir l’avis d’un autre titre qui joue lui aussi sur la rejouabilité et la progression des personnages, l’analyse de Like a Dragon : Infinite Wealth illustre bien ce que peut apporter une structure narrative forte à la durabilité d’un jeu.

Sur Nintendo Switch, deux modes exclusifs renforcent l’intérêt de cette version. Le mode Débutant offre des vies illimitées, mais n’enregistre pas le score — une façon honnête de permettre aux nouveaux joueurs de découvrir le jeu sans frustration excessive. Le mode Boss Rush, également exclusif à la Switch, s’adresse aux joueurs qui veulent s’entraîner sur les patterns sans passer par les stages. Ces deux ajouts sont absents des versions PS4 et PC, sorties dès 2016, soit deux ans avant la version Switch d’avril 2018.

Le multijoueur local jusqu’à 4 joueurs simultanés représente l’argument le plus solide du titre. Un testeur lui attribue 15,5/20 en solo, et estime la note à probablement 16,5/20 en multijoueur. L’écart se comprend : à plusieurs, la gestion des zones de tir et la coordination transforment l’expérience.

Wild Guns Reloaded face à ses contemporains : le bon moment pour y revenir

Tengo Project et Natsume Atari ont livré avec ce remaster un travail similaire à celui effectué sur Ninja Saviors — un autre titre que plusieurs testeurs jugent supérieur à Wild Guns Reloaded sur la profondeur globale. Mais ce western cybernétique conserve un charme et une identité que peu de shoots arcade revendiquent aussi clairement. L’univers western steampunk, mêlant cowboys et robots dans un Far West uchronique, reste d’une originalité rare.

Si vous cherchez un challenge arcade old school, orienté scoring, court mais dense, Wild Guns Reloaded répond présent. Pour tirer le meilleur du titre, privilégiez la version Switch pour ses modes exclusifs, et surtout, ne jouez pas en solo si vous avez le choix.

Romain
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