Dans le paysage actuel des productions cinématographiques, Netflix pousse les barrières avec une œuvre qui revient sur un chapitre sombre de l’histoire : l’Occupation nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Will, le film belge qui vient s’ajouter à la vaste bibliothèque de la plateforme de streaming, nous plonge dans une réalité déchirante où la morale semble avoir été bannie. Mais au-delà de son récit cru, le film flirte avec le genre du thriller, promettant ainsi de tenir son spectateur en haleine tout en le confrontant à l’une des périodes les plus tragiques de l’histoire moderne.
Un thriller palpitant sur le dilemme moral sous l’occupation
Présentant un jeune policier nommé Wilfried Wils, interprété par Stef Aerts, le film déploie des situations à couper le souffle où chaque décision entraîne Wilfried dans des enjeux toujours plus élevés. La tension narrative ne faiblit pas, témoignant d’un désir fort des créateurs de l’œuvre de faire ressentir au public l’angoisse et les choix impossibles auxquels les personnes soumises à l’occupation ont dû faire face. La ville d’Anvers, dans la tourmente de l’année 1942, devient ainsi le théâtre d’un véritable thriller psychologique. Wil et son camarade Lode, joué par Matteo Simoni, naviguent dans les eaux troubles d’une société sous le joug de lois impitoyables et d’une éthique compromise.
Le réalisateur, Tim Mielants, et son co-scénariste, Carl Joos, transposent avec habileté et intensité le roman de Jeroen Olyslaegers à l’écran, s’attardant autant sur les nuances des relations humaines que sur l’atmosphère suffocante, parfois claustrophobique, de l’époque. La réalisation fait appel à une esthétique soignée, offrant des cadrages serrés et une mise en scène qui accentue la sensation d’oppression de l’époque.
La complexité des choix dans un contexte oppressant
L’ambiguïté des comportements humains face à l’injustice et la répression est mise en avant avec brio, chaque mot et chaque acte pesant de tout son poids dans la balance de la survie. Le personnage de Wilfried est particulièrement représentatif de ce conflit interne, oscillant entre la prudence et la résistance, le silence et l’action. Contraint de se joindre aux autorités de l’Occupation pour des arrestations meurtrières, il traverse le film en tentant de naviguer dans cet ouragan éthique, adoptant souvent la déviation comme moyen de survie.
Cette exploration de la ville occupée d’Anvers soulève des questions fondamentales. Peut-on vraiment connaître son voisin ? À quel point les sympathies politiques dictent-elles les actions des personnes sous contrainte ? La famille de Lode, en particulier sa sœur Yvette, incarnée par Annelore Crollet, exprime une méfiance palpable. Les choix les plus banals peuvent soudainement revêtir des conséquences mortelles. Les jeunes recrues de la police se trouvent confrontées à une paranoïa justifiée et alarmante, et l’enjeu de confiance est constamment mis à l’épreuve.
Des choix de mise en scène et d’interprétation puissants
Ce long-métrage renforce son impact par des performances d’une intensité remarquable, parfois même excessive. La distribution, portée par des acteurs comme Dirk Roofthooft dans le rôle de Felix Verschaffel et Dimitrij Schaad incarnant le personnage de Gregor Schnabel, dépeint un ensemble de figures emblématiques de cette époque répressive avec une précision et une authenticité qui frappent l’esprit du spectateur.
Tim Mielants n’a pas peur d’évoquer des comparaisons avec d’autres œuvres cinématographiques traitant de sujets similaires, tel que le rôle de Christoph Waltz en tant que Hans Landa dans Inglourious Basterds de Quentin Tarantino. Cependant, le film Will ne cherche pas à reproduire le style ou la catharsis propres à Tarantino. Ici, il n’existe aucune forme de rédemption atténuant la dureté des événements; le film s’achève sur un constat glacial et impitoyable sur la condition humaine sous l’oppression nazie.
Le choix délibéré de construire le récit autour d’un héros en apparence neutre est audacieux. En effet, il offre une perspective fascinante, celle du spectateur impuissant, poussé à l’empathie par la menace omniprésente qui plane sur chaque dialogue, chaque scène. Ce thriller, à la teinte noire et oppressante, choisit délibérément de ne pas adoucir les contours de son message, entraînant le spectateur dans une réflexion profonde sur les compromis cruels de l’occupation et de la collaboration.
Une œuvre qui confronte la réalité sans filtre
Will est un film qui ne propose pas de résolutions faciles. Il dépeint une réalité où la survie s’apparente à la collaboration, et la résistance signifie souvent la mort. Les questions profondes qu’il soulève sur l’humanité et la morale en temps de guerre ne sont pas sans rappeler des œuvres majeures telles que La Liste de Schindler, qui, par des moyens radicalement différents, a également su toucher un large public en mettant en lumière des aspects inexplorés de l’Holocauste.
La vision de Mielants concernant la dureté incontestable des compromis de l’occupation n’est pas facile à digérer. Le film, par sa fatalité, semble sombrer dans une forme de désespoir et de culpabilité qui peut paraître accablante. Faut-il y voir une vérité obscure, nécessaire à notre compréhension historique, ou la projection d’un sentiment de culpabilité dont la nécessité pourrait être remise en question ?
La décision de conclure l’expérience cinématographique de Will avec cette note sombre est un choix intentionnel qui refuse de rassurer ou d’offrir une quelconque consolation. C’est un regard sans compromis sur une époque marquée par l’atrocité et une résonance difficile à ignorer dans notre contexte contemporain. Pour un public prêt à affronter cette facette austère de l’histoire, Will est désormais disponible sur Netflix.

