Rob a 11 ans. Il ne connaît pas Pikachu, il n’a jamais regardé l’anime, il n’a jamais lancé un seul dé de combat. Ce qu’il sait, en revanche, c’est retourner des cartes Pokémon pour en tirer du profit. « I just flip cards », a-t-il confié à PokéBeach lors d’un récent salon de cartes à collectionner. « I don’t know much about Pokémon. » C’est TikTok et Instagram qui lui ont enseigné que les cartes représentaient « the best investment right now ». Pas un ami. Pas un jeu. Un influenceur.
Quand les influenceurs remplacent la passion du jeu
Ce cas ne tombe pas du ciel. Depuis plusieurs années, la culture du scalp a gangrené le marché du Pokémon TCG, transformant une licence née pour les enfants en terrain de spéculation. J’ai vécu les 30 ans de Pokémon de près — la Pokémania des années 90 me colle encore à la peau — et voir cette trajectoire me fend littéralement le cœur. Ce petit Rob qui « flip » ses cartes sans même savoir qui est Dracaufeu, c’est le symptôme d’un problème systémique.
Les influenceurs financiers sur les réseaux sociaux ont fait de la carte Pokémon un actif spéculatif accessible aux mineurs. Résultat : une génération entière risque d’associer Pikachu non pas aux aventures de Sacha, mais aux cours du marché secondaire. Mon inner child compétitif déteste cette dynamique autant qu’un nerf non anticipé dans un patch Valorant.
Voici ce qui attire les jeunes revendeurs dans cet écosystème :
- Des vidéos virales montrant des profits rapides sur des cartes gradées
- La promesse d’un investissement « sûr » par des créateurs non régulés
- L’accessibilité des salons de cartes, ouverts à tous âges
- La revente facile via des plateformes comme eBay ou Vinted
The Pokémon Company durcit les règles sur les événements officiels
PokéBeach a rapporté ce contexte dans un article traitant d’une mesure concrète : The Pokémon Company interdit désormais aux vendeurs partenaires de proposer des slabs gradés lors de ses événements officiels. La règle s’applique également aux articles dépassant 1 000 dollars, ainsi qu’aux peluches et cartes du Pokémon Center japonais non encore disponibles à l’international.
Aucune annonce officielle n’a été publiée par la firme, mais voici ce que l’on sait sur le calendrier d’application :
| Événement | Lieu | Date d’application |
|---|---|---|
| Indianapolis Regionals | Indianapolis, États-Unis | Dès ce weekend (fin mai 2026) |
| Pokémon World Championship | San Francisco, États-Unis | Août 2026 |
C’est un signal fort. The Pokémon Company reprend la main sur des espaces qui avaient glissé vers la logique du marché gris. Ces salons devaient être des lieux de jeu, de rencontres, de tournois — pas des foires à la spéculation.
Retrouver l’essence d’une licence pensée pour l’aventure
Ce qui me touche dans l’histoire de Rob, c’est qu’il manque quelque chose d’essentiel : le plaisir gratuit de découvrir un univers. Les huit badges, les combats tendus, la bande-son qui reste gravée dans la mémoire — rien de tout ça ne fait partie de son expérience Pokémon. Il optimise là où il devrait étudier.
Si tu croises un gamin à un salon de cartes, montre-lui autre chose que les cours du marché. Lance-lui un défi en duel, explique-lui pourquoi Mewtwo claque autant en lore. Le vrai investissement dans Pokémon, c’est l’imaginaire qu’on y met — pas la cote d’une carte dans une pochette plastique.

