Le Game Pass devient trop cher : pourquoi les joueurs l’abandonnent ?

Homme jouant aux jeux vidéo sur canapé noir

26,99 € par mois. C’est ce que coûte aujourd’hui le Game Pass Ultimate en France — soit davantage que certains abonnements Internet d’entrée de gamme. Ce chiffre résume à lui seul la trajectoire préoccupante d’un service qui, au lancement des Xbox Series en 2020, était proposé à 14,99 € et incarnait la promesse la plus séduisante de Microsoft : accéder à des centaines de jeux pour le prix d’un repas.

Ce n’est pas qu’une question de tarif. Un mémo interne de la PDG de Microsoft Gaming, Asha Sharma, obtenu par The Verge, le confirme sans ambiguïté : « Le modèle actuel n’est pas la forme finale » du Game Pass. Microsoft lui-même reconnaît que son abonnement phare dysfonctionne. La question n’est donc plus de savoir si le service va évoluer, mais dans quel sens — et si cette évolution sera favorable aux joueurs.

Un abonnement devenu trop cher pour ce qu’il propose

Depuis son lancement, le Game Pass a construit sa réputation sur un argument simple : un catalogue large, des sorties day one, un rapport qualité-prix imbattable. La réalité de 2026 ressemble de moins en moins à cette promesse. La hausse de prix appliquée à l’automne 2025 a sérieusement écorné l’image du service, sans que l’offre se soit améliorée proportionnellement.

Asha Sharma l’écrit noir sur blanc dans son mémo : « Le Game Pass est devenu trop cher pour les joueurs, nous avons besoin d’une meilleure équation de valeur à court terme. » C’est un aveu rare de la part d’une dirigeante d’une aussi grande firme. La restructuration du service opérée fin 2025 — qui a spécialement intégré le cloud gaming à toutes les formules — n’a visiblement pas suffi à clarifier une offre que beaucoup trouvent confuse.

Concrètement, à 26,99 € par mois, peu d’abonnés maintiennent leur souscription toute l’année. Le comportement dominant consiste à s’abonner quelques mois, profiter des sorties ciblées, puis résilier. Ce modèle de consommation ponctuel est précisément celui que Microsoft cherchait à éviter.

Formule Prix mensuel (2020) Prix mensuel (2026)
Game Pass (PC ou Console) 9,99 € 14,99 €
Game Pass Ultimate 14,99 € 26,99 €

Ces hausses successives représentent une augmentation de près de 80 % sur la formule Ultimate en six ans. Difficile, dans ces conditions, de maintenir l’adhésion d’un public qui a d’autres options.

Call of Duty dans le Game Pass : un pari qui tourne au fiasco

L’acquisition d’Activision-Blizzard-King par Microsoft en 2023 devait être le coup de maître du Game Pass. Intégrer Call of Duty à l’abonnement, c’était s’assurer un flux constant de nouveaux abonnés, séduits par la licence la plus lucrative du jeu vidéo. Résultat : Black Ops 7, le dernier opus, s’est particulièrement mal vendu sur PC et sur les consoles Xbox, selon des informations rapportées par Windows Central.

Ce chiffre de vente décevant pose une question stratégique majeure. Si les joueurs peuvent accéder au jeu via l’abonnement, pourquoi l’acheteraient-ils ? Microsoft se retrouve face à un effet cannibale qu’il n’avait peut-être pas anticipé à cette échelle. La firme réfléchit désormais ouvertement à retirer Call of Duty du catalogue Game Pass, ce qui serait un signal fort — et franchement inquiétant pour les abonnés.

Voici les principales raisons pour lesquelles cette situation fragilise l’abonnement :

  • La valeur perçue du catalogue diminue si les titres phares en sont exclus.
  • Les éditeurs tiers hésitent davantage à placer leurs jeux dans un service qui cannibalise leurs ventes.
  • La confiance des abonnés est entamée par des retraits inattendus de jeux populaires.
  • Le modèle day one inclusion devient économiquement difficile à défendre pour des blockbusters.

Le rapport 2025 du SELL (Syndicat des éditeurs de logiciels de loisir) enfonce le clou : sur les 20 jeux les plus vendus en France cette année-là, aucun n’était un titre Xbox. C’est l’illustration chiffrée d’un écosystème qui peine à peser face à la concurrence PlayStation et Nintendo.

Vers quel modèle Microsoft va-t-il basculer ?

Asha Sharma a rencontré Greg Peters, le patron de Netflix, pour chercher une offre groupée entre les deux services. Cette piste n’est pas anodine : elle révèle que Microsoft cherche à adosser le Game Pass à une plateforme bénéficiant d’une base d’abonnés massive pour compenser la stagnation de la sienne.

D’autres scénarios circulent. L’un d’eux ressemble beaucoup au virage qu’a opéré Netflix il y a quelques années : un palier d’abonnement moins cher, financé par la publicité. Pour les joueurs qui supportent les coupures pub, cela pourrait représenter une porte d’entrée abordable. Pour ceux qui valorisent une expérience sans interruption, c’est une dégradation de l’offre déguisée en bonne nouvelle.

Asha Sharma a également mis fin à la stratégie « Tout est une Xbox », cette campagne marketing qui diluait l’identité de la marque au point de décourager l’achat de consoles physiques. Un virage tardif, dont les effets sur les ventes de matériel restent difficiles à mesurer.

Ce que le mémo révèle en filigrane, c’est que Microsoft n’a pas de plan clair pour la suite. L’aveu que « le modèle actuel n’est pas optimal » sans proposition concrète à court terme, c’est precisément ce qui devrait alerter les abonnés fidèles. Si vous êtes actuellement engagé sur une formule annuelle, surveillez de près les annonces des prochaines semaines : les changements à venir pourraient changer radicalement ce pour quoi vous avez payé.

La Rédac'
Retour en haut