Ce que vous ignoriez sur la queerness dans Elden Ring (c’est dingue)

Femme guerrière avec magie flamboyante dans ruines anciennes.

500 heures dans Elden Ring, et ce n’est pas uniquement pour les boss fights. Beaucoup de joueurs arrivent dans les Terres Intermédiaires en cherchant un défi brutal, une épopée dark fantasy. Certains y trouvent aussi, souvent à leur grande surprise, un espace narratif profondément queer, rare dans les productions de cette envergure. FromSoftware a construit quelque chose de moins attendu qu’une simple épreuve de compétences : un monde où les identités fluctuent, où le genre n’est pas un carcan.

Marika, Miquella et St. Trina : des identités qui débordent les cases

Prenons le cas de Marika et Radagon. Le lore révèle que les deux personnages partagent le même corps physique, enfermés l’un dans l’autre dans une coexistence conflictuelle. La dualité entre une souveraine féminine et son alter-ego masculin ne ressemble à aucun archétype habituel du RPG. Lire cette tension comme une allégorie de la transidentité n’est pas une extrapolation forcée : c’est une lecture que la narration rend disponible, presque naturellement.

Miquella, fils de Marika et Radagon, pousse cette logique encore plus loin. Sa facette cachée, St. Trina, est décrite ainsi dans la description de l’Épée de St. Trina : « Certains disent que c’est une belle jeune fille, d’autres sont sûrs que c’est un garçon. La seule certitude est que son apparition fut aussi soudaine que sa disparition. » Cette ambiguïté n’est pas un accident d’écriture. C’est un choix délibéré, et il résonne différemment selon les joueurs qui y projettent leur propre rapport à l’identité.

Dans l’extension Shadow of the Erdtree, le parcours de Miquella montre quelqu’un qui tente de s’amputer d’une partie de lui-même, son côté maternel et féminin. Plusieurs PNJ pivots s’y opposent explicitement, arguant qu’on ne peut pas guider les autres vers le salut si on est incapable de sauver ce qu’on est. Franchement, c’est l’un des arcs narratifs les plus honnêtes sur l’acceptation de soi qu’un jeu AAA ait produit ces dernières années.

Un troisième exemple, moins discuté : Dolores la Marionnette Flèche Soporifique, créature du sorcier Seluvis, est décrite comme « l’esprit d’un bel archer qui se vêtait à la manière d’un homme ». On ne saura jamais pourquoi Dolores se présentait ainsi. Sécurité ? Désir d’appartenance ? Simple expression de soi ? Ce silence est, à sa façon, plus respectueux que beaucoup d’explications maladroites proposées ailleurs dans le genre.

Quand l’amour queer devient la norme silencieuse des Terres Intermédiaires

Le rapport d’Elden Ring à la représentation queer ne tient pas qu’aux personnages ambigus. Il tient aussi à la structure même de ses fins et de ses relations. Regardez l’épilogue de Ranni la Sorcière : compléter son questline vous installe comme son consort, indépendamment du type de corps choisi à la création du personnage. Aucune condition genrée. Même logique si vous accédez au trône d’Elden Lord, devenant le consort de Marika/Radagon.

Comparer cette approche à celle de Dark Souls 3 est éclairant. Dans ce jeu, le personnage d’Anri d’Astora a toujours le genre opposé à celui du joueur. Si vous suivez sa quête jusqu’au bout, vous pouvez l’épouser… mais la relation est systématiquement hétérosexuelle. Aucun choix possible. Elden Ring représente un recul net sur ce type de contrainte normative.

Jeu Relation marquante Genre imposé ? Relation queer possible ?
Dark Souls 3 Anri d’Astora Oui (toujours opposé) Non
Elden Ring Ranni la Sorcière Non Oui
Elden Ring Consort d’Elden Lord Non Oui

L’amour, sous toutes ses formes, traverse les Terres Intermédiaires sans se soucier des conventions. Rennala, brisée, serre encore l’Oeuf d’Ambre offert par Radagon qui l’a abandonnée. Tanith consomme la chair en décomposition de son amant Rykard après votre victoire sur lui : c’est morbide, c’est intense, c’est profondément sincère. Thiollier voue une dévotion absolue à St. Trina, même si elle ne sera jamais partagée.

Pour moi, la relation la plus chargée reste celle de Finlay, Chevalier Nettoyage, qui a porté Malenia endormie depuis le champ de bataille d’Aeonia jusqu’au Haligtree. Une odyssée de dévotion totale, lue par beaucoup de joueurs à travers une grille saphique. Rien ne l’affirme explicitement. Rien ne l’infirme non plus. C’est précisément ce blanc narratif qui laisse de la place.

Pourquoi cette lecture queer d’Elden Ring mérite d’être prise au sérieux

Certains diront que lire de la queerness dans Elden Ring revient à projeter. Je ne suis pas d’accord. La représentation implicite a une valeur réelle : se reconnaître dans un personnage, même partiellement, même à travers une lecture personnelle, produit un sentiment d’appartenance mesurable. Ce n’est pas anodin dans un genre (les Soulslike) longtemps perçu comme un « club masculin » peu accueillant.

Voici ce qui distingue l’approche d’Elden Ring sur ces thématiques :

  • L’ambiguïté de genre est intégrée dans le lore, pas ajoutée en surface
  • Les relations ne sont jamais conditionnées par le genre du joueur
  • Les personnages féminins sont forts, imparfaits et centraux, pas décoratifs
  • L’identité comme combat intérieur est un motif narratif récurrent
  • Aucun personnage queer n’est présenté comme une anomalie ou un sujet de moquerie

FromSoftware n’a jamais fait de déclaration officielle sur ses intentions narratives concernant ces thèmes. Ce silence est cohérent avec la philosophie du studio : laisser les joueurs construire le sens. Ce que des centaines de milliers de personnes ont fait, en y trouvant quelque chose qui leur ressemblait. Pour un RPG sorti en février 2022 avec plus de 25 millions d’exemplaires vendus fin 2024, l’impact culturel de cette inclusivité discrète est loin d’être négligeable.

La Rédac'
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