Assassin’s Creed Black Flag Resynced dépasse les 47 heures de jeu sans que l’ennui ne pointe le bout de son nez. C’est peu dire pour un remake d’un titre sorti en 2013. Mais appeler Resynced un simple remake, c’est passer à côté de l’essentiel.
Un remake ou une suite déguisée ?
Mettons les choses au clair d’emblée : Resynced n’est pas un remake classique. Ubisoft Singapore a livré quelque chose de structurellement différent. L’histoire-cadre du jeu original, celle d’un employé anonyme d’Abstergo Entertainment en 2013, a été entièrement remplacée par une nouvelle trame narrative ancrée en 2096, soit 83 ans après les séquences modernes du titre d’origine.
Dans ce futur étouffant, Abstergo domine la société grâce à ses dispositifs Animus, qui permettent aux utilisateurs de revivre les souvenirs génétiques de figures historiques. Pendant ce temps, une faction insurgée d’Assassins tente de réveiller les consciences en diffusant les mémoires d’Edward Kenway, ce pirate du XVIIIe siècle devenu symbole de résistance. Une IA nommée Ego cherche, elle, à altérer ces mémoires pour imposer le message inverse : la conformité mérite récompense, la rébellion est une folie.
Resynced est donc techniquement une suite, pas un remake. C’est une nouvelle exploration de l’aventure Kenway, réutilisée comme outil de propagande ou de contre-propagande dans un conflit du XXIe siècle finissant. Cette idée est franchement excitante, et elle ouvre la porte à toute une ligne de réinterprétations futures, de la trilogie Ezio jusqu’aux épisodes récents en Égypte et en Grèce antique.
Le problème, c’est qu’une grande partie de ce scénario de 2096 reste profondément enfouie dans les menus du jeu. Quatre « rifts » jouables interrompent ponctuellement la progression pendant 10 à 15 minutes chacun. Le reste se lit dans des dizaines de fichiers texte accessibles trois niveaux de menus plus bas, dans le hub Animus. Des journaux intimes, des conversations interceptées, des rapports de presse : c’est là que vit l’âme narrative de Resynced. Beaucoup de joueurs ne les liront jamais.
La piraterie revue et améliorée
Sur les 47 heures de jeu, une quarantaine se passent en pleine mer des Caraïbes du XVIIIe siècle. Rum avec Anne Bonny, débats sur Nassau avec Benjamin Hornigold, chasse à la baleine, plongée en cloche dans des épaves… L’essence de Black Flag original est intégralement préservée, et elle n’a pas vieilli d’une ride.
Voici les principaux apports de Resynced par rapport au jeu de 2013 :
- Nouvelles missions impliquant des personnages alliés inédits, courtes mais dramatiquement efficaces
- Un dénouement alternatif pour Stede Bonnet, particulièrement touchant
- Une quête supplémentaire autour du trésor de Barbe Noire, bienvenue
- Des séquences sous-marines retravaillées par Ubisoft Barcelona
- Un épilogue centré sur la traque d’un tueur de pirates, au résultat discutable
Les graphismes ont été modernisés, les contrôles affinés. Le rythme de jeu est remarquablement fluide : chaque session de 30 minutes offre son lot de plaisir immédiat. Traquer une page de chant de marin sur les toits, pilonner un fort avec des mortiers améliorés ou croiser un Man o’ War à détruire à coups de bordée bien placés… le plaisir de 2013 est intact, et c’est là l’essentiel.
| Aspect | Black Flag (2013) | Resynced (2026) |
|---|---|---|
| Trame moderne | Abstergo Entertainment, 2013 | Guerre des mémoires, 2096 |
| Narration secondaire | Segments à la première personne jouables | Fichiers texte collectibles |
| Contenu pirate | Carte originale fidèle | Carte reconstruite + nouvelles missions |
| Intelligence artificielle narrative | Absente | Ego, IA antagoniste centrale |
Un bémol par contre : les nouvelles missions annexes apportent peu sur le plan des mécaniques de jeu. Les bonus de gameplay sont négligeables. Ce qui compte, c’est l’enrichissement narratif, et là, il est réel, même si discret.
Ce que Resynced révèle sur l’avenir d’Assassin’s Creed
La méta-histoire de Resynced prolonge immédiatement celle d’Assassin’s Creed Shadows (2025), et plusieurs fichiers texte établissent explicitement ce lien entre le Japon féodal et les Caraïbes du XVIIIe siècle. C’est un arc narratif ambitieux, construit sur la longue durée. Ubisoft construit discrètement un futur pour sa saga, et ce futur est bien plus intéressant que ce que les bandes-annonces laissent entendre.
Dans Shadows, accéder à l’intégralité des fichiers de méta-narration nécessitait des mois de jeu, à cause de missions chronométrées et de défis répétitifs. Resynced corrige le tir : la plupart des fragments de lore sont désormais liés à des collectibles disséminés dans le monde ouvert. C’est plus abordable, même si aucun suivi en jeu ne recense les fichiers manquants. La microtransaction à 5 dollars qui révèle les objets cachés ne liste d’ailleurs pas explicitement ces fichiers parmi les éléments révélés.
Franchement, cette façon de noyer le scénario le plus riche dans les sous-menus reste frustrante. Ubisoft semble délibérément protéger ses univers pirates et de samouraïs du moindre risque narratif visible. C’est dommage, parce que les idées derrière Ego, la guerre mémorielle et la manipulation des foules via l’Animus méritent bien mieux qu’une position de contenu optionnel.
Verdict : 47 heures de jeu plus tard, Resynced convainc sur deux niveaux distincts. La partie pirate est excellente, fidèle et plaisante. La méta-histoire de 2096 est la plus inventive qu’Assassin’s Creed ait proposée depuis des années. Note : 8/10. Recommandé sans réserve aux fans de la franchise, à condition de chercher activement les fichiers de lore. Les néophytes y trouveront un jeu de pirates de haute tenue.

