Sorti le 18 juillet 2026, Assassin’s Creed Black Flag Resynced fait parler de lui. Pas forcément pour les bonnes raisons. Le mot qui circule sur les forums et les réseaux ? « Soulless ». Sans âme. Franchement, j’ai ressenti la même chose en y jouant, avant de nuancer mon jugement. Le vrai problème n’est pas l’absence d’âme : c’est l’accumulation de choix inutiles qui ternissent un remake pourtant solide.
Pour comprendre la déception, il faut mesurer ce qu’était l’original. Assassin’s Creed IV : Black Flag, sorti en 2013, reste pour beaucoup l’un des épisodes les plus aboutis de la franchise Ubisoft. Son casting, son ambiance caribéenne, sa liberté de navigation… à l’époque, c’était une claque. Personnellement, j’y ai atteint 100% de complétion sur Xbox 360, puis une seconde fois sur Xbox One. Autant dire que Resynced, je l’attendais avec des exigences précises.
Un remake visuellement spectaculaire, mais des personnages qui ont perdu leur étincelle
La première chose qui frappe dans Resynced, c’est la beauté brute des environnements. Les Caraïbes n’ont jamais semblé aussi vivantes. La Havane grouille d’activité, Nassau respire l’authenticité, et la lumière sur l’eau bleue des mers tropicales dépasse tout ce qu’on avait vu sur cet univers. Les cinématiques, quand l’éclairage dynamique entre en jeu, touchent parfois au sublime.
Là où le bât blesse, c’est du côté des personnages. Edward Kenway, James Kidd et Edward Thatch forment un trio iconique, peut-être le meilleur casting de la série. Dans l’original, ils avaient une présence, une épaisseur qui vous collait longtemps en mémoire. Dans Resynced, quelque chose s’est perdu en chemin. Les voix sont globalement préservées (peu de ré-enregistrements notables), mais les nouveaux modèles 3D des personnages posent un vrai problème : les yeux manquent d’expressivité. Ces visages techniquement parfaits semblent vides par moments, comme si le rendu HD avait effacé la chaleur que l’ancienne génération, malgré ses limites techniques, parvenait à transmettre.
Le phénomène est encore plus criant lors des dialogues avec les PNJ. Des modèles magnifiquement détaillés, qui se tiennent raides comme des silhouettes en carton peint. Ce n’est pas rédhibitoire, mais ça crée une dissonance permanente entre la qualité visuelle et le manque de vie émotionnelle. Difficile d’ignorer ce hiatus quand on connaît l’original par cœur.
Un système de combat revu, des choix incompréhensibles et une interface trop chargée
Le combat est le terrain où Resynced prend le plus de risques. Et les bilans sont mitigés. Le système a été repensé : il ne s’agit plus de spammer les attaques jusqu’au déclenchement d’une animation d’exécution. L’objectif est désormais de déséquilibrer l’adversaire, via des balayages ou l’utilisation de la fléchette à corde, ce qui procure une vraie satisfaction tactique. Après une période d’adaptation, le nouveau rythme devient plaisant.
Voici ce qui a changé concrètement par rapport à l’original :
- Les lames secrètes ne sont plus disponibles comme option de mêlée
- Il est impossible de ramasser les armes ennemies (comme le mousquet)
- Les affrontements contre les « boss » sont longs, punitifs et peu inspirés
- L’interface de base est surchargée d’informations redondantes
Sur ce dernier point : j’ai désactivé la majorité des éléments de l’IHM dans les vingt premières minutes. L’écran devenait illisible, encombré d’indicateurs qui n’avaient pas besoin d’être en permanence visibles. C’est un choix de design contestable.
Quant aux boss, ils constituent le point le plus faible du jeu. Julian du Casse, souvent cité en exemple, illustre parfaitement le problème. Une approche furtive avec une assassination aérienne règle l’affaire proprement. Mais si vous ratez votre approche, vous voilà bloqué dans un combat laborieux et frustrant. Ces affrontements fonctionnent davantage comme une punition que comme une expérience de jeu enrichissante.
| Aspect | Black Flag (2013) | Resynced (2026) |
|---|---|---|
| Graphismes | Correct pour l’époque | Spectaculaire, très amélioré |
| Expressivité des personnages | Attachante malgré les limites techniques | Techniquement supérieure, mais froide |
| Système de combat | Simple, bourrin, efficace | Plus tactique, mais avec des lacunes |
| Contenu additionnel | Freedom Cry inclus | Freedom Cry absent du package de base |
Ce que Resynced réussit vraiment, et ce que cela implique pour la suite
Malgré tout ce qui précède, Resynced reste un bon remake. Le rythme narratif est mieux calibré que dans l’original, et plusieurs ajouts de gameplay méritent leur place. Les Caraïbes en 2026, avec une carte aussi dense et lumineuse, c’est quand même une expérience difficile à bouder.
Ce qui irrite vraiment, c’est l’absence de Freedom Cry dans le package de base. Cette extension, narrativement forte et historiquement engagée, faisait partie intégrante de l’expérience Black Flag. L’écarter du contenu principal pour en faire potentiellement un DLC payant, c’est un choix commercial qui laisse un goût amer.
Resynced n’est ni le désastre que certains proclament ni le chef-d’oeuvre que d’autres espéraient. À plusieurs passages, on sent le potentiel d’une version définitive de Black Flag. Avec quelques correctifs sur les boss, une meilleure gestion de l’IHM et le retour de Freedom Cry, ce remake pourrait devenir la référence absolue sur cet épisode. Pour l’instant, l’original, lui, existe toujours et n’a rien perdu de sa force brute.
Ce que ce remake révèle surtout, c’est qu’améliorer la technique sans préserver l’intention artistique d’origine produit exactement ce résultat : un jeu plus beau, mais moins vivant. C’est peut-être la leçon que les équipes d’Ubisoft devraient retenir avant d’entreprendre le prochain chantier de réédition.
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