Treize ans après sa sortie originale, Assassin’s Creed Black Flag revient sous une forme remaniée baptisée Resynced. Ubisoft parie sur la nostalgie et sur une nouvelle génération de joueurs pour relancer ce qui reste, pour moi, l’un des meilleurs jeux de pirates jamais créés. La question n’est pas de savoir si le jeu tient la route en 2026. Il tient. La vraie question, c’est de savoir si ce remake vaut vraiment le coup par rapport à l’original.
Un jeu de pirates toujours au sommet
Dès les premières heures, le plaisir de naviguer aux commandes du Jackdaw revient intact. Le navire possède ce poids juste, cette inertie crédible qui force à anticiper chaque manœuvre plutôt que de simplement pointer un stick. Affronter un vaisseau de ligne par temps de tempête, avec des trombes d’eau qui balaient la mer et des éclairs qui zèbrent le ciel, reste une expérience saisissante. Franchement, peu de jeux ont réussi à reproduire ça. Skull and Bones, sorti par Ubisoft lui-même des années plus tard, n’a jamais approché cette sensation.
Le combat naval repose sur un équilibre précis : aligner les bordées, viser les voiles avec des boulets à chaîne, lâcher des barils enflammés dans le sillage ennemi. Chaque confrontation est un exercice de positionnement permanent, pas un simple échange de dégâts. L’abordage qui suit conserve son côté brutal et satisfaisant : Edward bondit sur le pont adverse, tire dans le tas et tranche ce qu’il reste debout pendant que son équipage envahit le navire. Court, violent, efficace.
À terre, le tableau est plus nuancé. Le système de combat a été repensé autour du contre, de l’esquive et de la rupture de garde. Edward peut désormais enchaîner les pistolets dans le feu de l’action, utiliser le grappin pour rapprocher un ennemi avant de l’achever, ou balancer un coup de pied pour projeter un soldat contre un mur. Le rythme des affrontements gagne en fluidité, c’est indéniable. Mais la difficulté reste trop faible : la fenêtre de contre est tellement généreuse qu’un seul bouton suffit à déclencher une exécution en chaîne sur quatre ennemis. Même en difficulté maximale, les combats ne proposent pas de réel défi.
La furtivité suit la même logique. Resynced introduit un bouton d’accroupissement dédié et joue davantage sur la lumière et le bruit. Sauf que les gardes restent indulgents, l’herbe haute est omniprésente et les toits offrent toujours une route évidente pour contourner n’importe quelle zone. Ces ajouts apportent un peu plus de souplesse sans rendre le stealth vraiment plus exigeant.
Ce que le remake apporte et ce qu’il retire
Visuellement, la refonte est impressionnante. La Caraïbe brille sous un nouveau moteur Anvil, avec des reflets sur l’eau, des ciels orageux crédibles et des villes nettement plus détaillées. Naviguer au coucher du soleil pendant que l’équipage entonne une chanson de marin reste l’un des plus beaux moments du jeu. En revanche, l’animation faciale trahit parfois ses limites : synchronisation labiale approximative, expressions figées. Rien de rédhibitoire, mais notable.
Voici les principales améliorations concrètes que le remake apporte :
- Entrée dans les grandes villes sans écran de chargement
- Le grappin débloqué beaucoup plus tôt dans la progression
- Plongée libre dans n’importe quelle zone océanique
- Trois nouveaux officiers offrant des bonus permanents pour le Jackdaw
- Des intrigues annexes enrichies pour Milo van der Graaf et Stede Bonnet
- Un épilogue inédit pour Caroline Kenway, qui la rend plus présente et cohérente
Mais le remake retire aussi des mécaniques de l’original. La possibilité de ramasser et d’utiliser les armes ennemies a disparu. Le style de combat à la lame cachée n’existe plus en tant qu’option distincte. La minimap a cédé la place à une boussole. Ces suppressions réduisent la variété et l’aspect foutraque assumé de l’original. Pour moi, saisir le fusil d’un soldat abattu et le retourner contre ses collègues faisait partie de l’identité d’Edward Kenway.
Les Animus Rifts constituent la plus grosse déception côté contenu additionnel. Visuellement inventifs, des navires qui naviguent dans le ciel par exemple, ils souffrent d’une écriture qui surligne lourdement ce que l’histoire originale montrait avec subtilité. Un coffre métaphorique représentant l’obsession d’Edward pour la richesse, avec un personnage qui explique ce qu’il représente à voix haute : c’est trop didactique pour un récit qui n’en avait pas besoin.
Fiche technique et verdict final
| Critère | Note | Commentaire |
|---|---|---|
| Combat naval | 9/10 | Toujours le optimal du genre |
| Graphismes | 8/10 | Superbe, animation faciale perfectible |
| Narration | 8/10 | Kenway reste un protagoniste remarquable |
| Contenu additionnel | 6/10 | Inégal, DLC payants dès le lancement à 49,99£ |
| Valeur remake | 7/10 | Solide mais pas indispensable si vous avez l’original |
Edward Kenway reste un protagoniste rare : égoïste, charismatique, drôle et franchement odieux quand il le faut. Barbe Noire (Edward Thatch), Stede Bonnet et James Kidd forment un casting secondaire difficile à égaler dans la franchise. Chacun joue un rôle autour du thème central du jeu : tout le monde incarne quelqu’un d’autre, tout le monde fait semblant d’être ce qu’il n’est pas encore tout à fait.
Le vrai problème du remake, c’est sa politique commerciale. Sur l’Ubisoft Store britannique, huit packs à 8,99£ et plusieurs packs ressources à 4,29£ s’affichent dès le premier jour, portant la collection complète à environ 80,50£ en plus du jeu de base. Certaines de ces offres apparaissent directement dans le menu pause. Pour un jeu solo vendu plein tarif, c’est une décision difficile à défendre.
Pour un joueur qui découvre Black Flag en 2026, Resynced s’impose naturellement : plus fluide, plus joli, mieux intégré. Pour ceux qui ont déjà retourné l’original, la décision est moins évidente. Le remake ajoute, mais aussi soustrait. Il modernise sans toujours améliorer. Il reste pourtant la meilleure porte d’entrée vers l’un des titres les plus singuliers qu’Ubisoft ait jamais produits.

