Deux parties par semaine. Pendant quatre ans. Soit plus de 400 runs complétés, entre 3 500 et 4 000 heures de jeu selon ses propres estimations. Ce chiffre, Bushy le balance comme si c’était la chose la plus normale du monde. Et pourtant, derrière ce record absurde se cache quelque chose de bien plus intéressant qu’une simple obsession : une relation profonde avec ce que ce joueur considère, sans détour, comme le meilleur jeu jamais créé.
Battre Elden Ring 400 fois : comment Bushy en a fait son métier
Bushy est un challenge runner actif sur Twitch et YouTube. Son concept est simple à expliquer, mais redoutable à exécuter : il termine Elden Ring en s’imposant des règles arbitraires, souvent absurdes, parfois franchement cruelles. Le tout filmé, commenté, monté pour une audience qui ne se lasse pas. Depuis la sortie du jeu en 2022, il n’a jamais arrêté plus de trois semaines consécutives.
Ses runs couvrent un spectre impressionnant. Certains sont devenus des classiques du genre :
- Tuer tous les boss en un seul coup
- Terminer le jeu sans jamais mourir
- Ne recevoir aucun coup de l’ennemi
- À l’inverse, encaisser chaque attaque délibérément
- Éliminer les ennemis uniquement à coups de pied
- Jouer avec des objets uniquement d’une couleur spécifique (son dernier run en date : les objets blancs uniquement)
Des mods, parfois commandés par Bushy lui-même, poussent l’expérimentation encore plus loin. L’un d’eux le téléportait vers un checkpoint aléatoire toutes les cinq minutes. Un autre activait une agressivité permanente chez tous les ennemis, sans aucun moyen de les désengager. Résultat : une partie chaotique et ingérable, exactement comme prévu.
Ce qui frappe dans la démarche de Bushy, c’est l’angle analytique. Contrairement à un speedrunner qui cherche l’efficacité brute, il fait délibérément tourner ses armes, sorts et objets pour exposer leurs forces et faiblesses. Il traite chaque boss comme un exercice à « pratiquer ». C’est presque une approche scientifique appliquée à un RPG fantasy. Et cette méthode lui a permis de bâtir une vraie carrière, à l’image d’un VaatiVidya qui vit lui aussi exclusivement de l’univers FromSoftware, mais par le prisme du lore.
| Type de run | Exemple concret | Difficulté estimée |
|---|---|---|
| Restriction d’items | Objets blancs uniquement | Élevée |
| Modification comportementale | Aggro permanente de tous les ennemis | Extrême |
| Contrainte de déplacement | Téléportation aléatoire toutes les 5 minutes | Très élevée |
| Run classique | No-hit (sans prendre de coup) | Haute |
Ce qui rend Elden Ring inépuisable selon lui
« Je pense que c’est parmi les plus le plus grands jeu jamais créé. » Bushy ne l’affirme pas pour impressionner. Il le dit avec le calme de quelqu’un qui a passé l’équivalent de 145 jours continus dans les Terres Intermédiaires. Pour lui, cette conviction n’est pas née d’un coup de foudre initial, mais construite run après run, contrainte après contrainte.
La clé, selon lui, tient à la densité et à la profondeur du contenu. Elden Ring n’est pas simplement grand : il est suffisamment complexe pour que chaque nouvelle restriction de gameplay révèle des mécaniques oubliées, des objets sous-estimés, des stratégies inattendues. La DLC Shadow of the Erdtree, par exemple, lui a offert une vraie bouffée d’air frais avec de nouveaux items et zones à décortiquer.
Il aborde lui-même la question qui gêne : jouer autant parce que c’est son travail, est-ce vraiment de la passion ? Sa réponse est franche. Oui, des facteurs externes l’encouragent à rester sur Elden Ring. Mais peu de jeux résistent à ce niveau d’exposition. La plupart s’épuisent en quelques dizaines d’heures intensives. Elden Ring tient justement parce qu’il est assez vaste et assez profond pour absorber cette pression sans se vider de sa substance.
Il y a aussi quelque chose dans la manière dont FromSoftware a conçu ses systèmes. Chaque arme, chaque sort, chaque interaction entre mécaniques offre matière à exploration. Bushy le compare implicitement aux joueurs de MMO qui se créent des comptes en autarcie totale : les contraintes auto-imposées forcent à voir le jeu autrement, à découvrir ce que 99 % des joueurs ne verront jamais.
FromSoftware après Elden Ring : un vide que les fans comblent eux-mêmes
Depuis la sortie d’Elden Ring, le studio japonais FromSoftware, dirigé par Hidetaka Miyazaki, n’a pas annoncé de nouvel RPG dark fantasy en monde ouvert. Armored Core 6, sorti en 2023, prenait une direction radicalement différente. Elden Ring Nightreign, son spin-off expérimental en PvE battle royale, réutilise intelligemment des assets existants mais ne comble pas le vide laissé par l’original. The Duskbloods arrive, mais reste éloigné de la formule qui a fait l’immense succès du jeu.
Ce silence a paradoxalement relancé l’engouement pour les titres existants. Des créateurs comme Bushy prospèrent précisément parce que la communauté cherche encore et toujours à chercher ce que FromSoftware a déjà livré. Son audience ne se lasse pas, et lui non plus.
Bushy dit avoir encore des dizaines d’idées de runs en réserve. Pas par obligation, mais parce que chaque nouvelle contrainte soulève de vraies questions sur le design du jeu : qu’est-ce qui est fort, qu’est-ce qui est sous-côté, qu’est-ce que les joueurs ordinaires ratent complètement ? Partager ces réponses avec une communauté réceptive, c’est ce qui l’anime vraiment. Si cette curiosité reste intacte après 400 parties, c’est peut-être là la preuve la plus convaincante de ce que vaut réellement Elden Ring.

