007 First Light vient de s’imposer comme l’une des meilleures sorties de 2026, et on ne peut qu’imaginer ce qu’aurait pu donner une version LEGO de James Bond. Avant même que IO Interactive ne livre son chef-d’œuvre d’espionnage, un projet LEGO 007 avait failli voir le jour. Retour sur une occasion manquée qui prend encore plus de sens aujourd’hui.
Quand Traveller’s Tales voulait construire Bond en briques
Il faut remonter à la large époque de Traveller’s Tales pour comprendre jusqu’où ce projet avait avancé. Le studio britannique, responsable des LEGO Star Wars et LEGO Indiana Jones, avait pitché un jeu LEGO James Bond avec un concept trailer complet. L’idée était d’adapter les grandes scènes de la saga 007 avec l’humour parodique caractéristique de la licence LEGO. Plusieurs itérations du célèbre espion auraient été jouables, chacune associée à ses films emblématiques.
Le trailer de concept a circulé sur internet pendant quelques années avant d’être supprimé pour raisons de droits. Si tu cherches bien, tu peux encore en trouver des traces quelque part. Ce qui est frappant rétrospectivement, c’est la qualité de la proposition. Traveller’s Tales maîtrisait parfaitement la formule : humour décalé, fan service calibré, gameplay abordable mais généreux en contenu.
Alors pourquoi ça n’a jamais abouti ? Le coupable porte un smoking. Casino Royale, sorti en 2006, a tout fait dérailler. Daniel Craig incarnait un Bond radicalement différent, sans gadgets extravagants, sans Aston Martin à siège éjectable. Un espion qui se retrouve à nu (littéralement) lors d’une scène de torture parmi les plus intenses jamais filmées, et qui joue sa vie sur une table de poker. C’est un grand film, mais clairement pas du matériel pour un jeu destiné à un jeune public.
Le paradoxe ? Indiana Jones, dont un personnage se fait fondre le visage par l’Arche d’Alliance, a quand même eu droit à son adaptation LEGO. Va comprendre la cohérence des décisions marketing de l’époque. Ce refus reste, avec du recul, l’une des occasions les plus frustrantes de l’histoire du jeu vidéo sous licence.
007 First Light prouve que Bond mérite le meilleur traitement vidéoludique
IO Interactive a réussi quelque chose de difficile avec 007 First Light : trouver l’équilibre entre les tonalités campy des films des années 60-70 et une écriture moderne exigeante. Bond est drôle sans être ridicule, sérieux sans être austère. Marco Ferretti, critique chez GameSphere, parle d’une « performance de game design rare, qui donne enfin à l’espion britannique la vitrine qu’il méritait depuis vingt ans ». Le jeu frôle le 9/10, tempéré seulement par quelques combats de boss paresseux et une poignée de bugs de finition.
Ce succès change la perspective sur une éventuelle licence LEGO James Bond. Les films post-Casino Royale, tout en conservant une certaine noirceur, ont réintroduit légèreté et humour. Skyfall, Spectre et leurs successeurs contiennent largement assez de matière pour faire rire sans trahir l’esprit de la franchise. Et si First Light ouvre effectivement une nouvelle ère pour les jeux 007, l’appétit des joueurs pour l’univers Bond ne fera que grandir.
La question qui se pose maintenant n’est plus « est-ce que ça marcherait ? » mais « comment le faire bien ? ». Parce que reproduire l’erreur de LEGO Star Wars La Saga Skywalker serait catastrophique. Neuf films à couvrir avaient déjà dilué le rythme de ce jeu pourtant solide. Avec plus de vingt-cinq films Bond au compteur, vouloir tout adapter dans un seul titre relèverait du suicide éditorial.
La solution la plus élégante serait de consacrer un arc narratif distinct à chaque interprète du personnage. Roger Moore aurait son lot de situations absurdes et de gadgets improbables. Sean Connery incarnerait l’espion élégant et sans état d’âme des origines. Timothy Dalton, largement sous-estimé, apporterait une couche de tension dramatique. Et pourquoi ne pas intégrer une section inspirée de 007 First Light, offrant ainsi un pont entre le jeu de IO Interactive et l’univers LEGO ?
L’avenir de Bond en jeu vidéo passe peut-être par les briques
Penser que LEGO James Bond ne trouverait pas son public en 2026 serait une erreur grossière. La licence LEGO Games, gérée aujourd’hui par TT Games sous la houlette de Warner Bros., a démontré avec LEGO Horizon Adventures sorti fin 2024 qu’elle sait encore séduire. Le succès commercial de ce titre, adapté d’une franchise Sony pourtant peu évidente en format LEGO, prouve que le concept reste vendeur si l’exécution est soignée.
Bond correspond parfaitement au moule. Véhicules iconiques, gadgets mémorables, décors exotiques autour du globe, galerie de personnages hauts en couleur… chaque ingrédient du spy game se prête à la dérision affectueuse que sait si bien distiller la formule LEGO. Les parents qui ont grandi avec les films des années 80 achèteraient le jeu pour leurs enfants, et finiraient à la manette bien avant eux.
Ce qui manque aujourd’hui, c’est la volonté des détenteurs de droits. MGM, propriétaire de la franchise Bond avec Amazon depuis 2022, doit saisir l’élan créé par 007 First Light. Le moment est parfait : l’intérêt pour 007 est au plus haut, TT Games cherche des licences fortes, et le public LEGO Games ne s’est jamais aussi bien porté. Rater cette fenêtre une deuxième fois serait franchement difficile à pardonner.
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