Baldur’s Gate 3 aurait pu disparaître : l’erreur qui a failli tout ruiner

Jeune garçon tenant des parchemins dans une ancienne bibliothèque magique

Il aura fallu attendre 2023 pour voir Baldur’s Gate 3 triompher dans les charts et rafler prix sur prix. Mais derrière ce succès, une histoire méconnue : le jeu a failli ne jamais exister, sabordé à la source par ce qu’un développeur clé qualifie d’erreur comptable suspecte. On remonte vingt ans en arrière.

Black Isle Studios et l’annulation de Baldur’s Gate 3 en 2003

En 2000, Baldur’s Gate II : Shadows of Amn cartonne. BioWare vient de livrer un RPG qui fait référence, et l’appétit des joueurs pour les Royaumes Oubliés est immense. Logiquement, Interplay Entertainment commande une suite — non pas à BioWare, mais à sa propre filiale, Black Isle Studios. L’équipe se met au travail sur ce qui devait devenir le troisième opus de la saga.

Black Isle n’est pas n’importe quel studio. On lui doit Planescape : Torment, Icewind Dale et les deux premiers Fallout. Des titres qui ont façonné le CRPG occidental. Autant dire que confier Baldur’s Gate 3 à cette équipe avait du sens. Sauf qu’en 2003, le projet s’arrête brutalement.

La version officielle évoque des difficultés financières chez Interplay. Ce qu’on sait moins, c’est que selon un développeur présent à l’époque, l’arrêt du projet résulterait d’une erreur comptable — et pas n’importe laquelle. Un paiement n’aurait tout simplement pas été adressé au bon destinataire. Résultat : les fonds se sont évaporés, et le projet avec eux.

Chris Avellone brise le silence sur l’erreur comptable d’Interplay

Chris Avellone n’a plus besoin de présentation dans le milieu du RPG. Son nom figure au générique de Fallout, de Planescape : Torment, de Knights of the Old Republic II… Bref, c’est un vétéran. Et c’est lui qui a récemment levé le voile sur cette période noire lors d’une interview.

Sa déclaration est directe : « Je suis quasiment certain qu’un paiement n’a pas été effectué à la bonne partie. » Il qualifie cet épisode de « très suspect », refusant de croire à une simple négligence administrative. Pour lui, cette erreur comptable chez Interplay n’était peut-être pas si accidentelle que ça. Franchement, quand un vétéran du secteur utilise le mot « suspect », ça mérite qu’on y prête attention.

Voici ce que cette situation a concrètement coûté à l’industrie du jeu vidéo :

  • L’annulation de Baldur’s Gate 3 par Black Isle Studios en 2003
  • La dissolution progressive du studio lui-même, fermé en décembre 2003
  • L’abandon du projet Fallout 3 interne, connu sous le nom de code Van Buren
  • La perte d’une équipe créative parmi les plus talentueuses du genre

Avellone ne cache pas son amertume. Il confie qu’il savait très tôt que Van Buren ne verrait jamais le jour, non pas par manque d’investissement de l’équipe, mais parce que — ses mots — « la direction ferait inévitablement quelque chose pour saboter le projet. » Ce qu’elle a effectivement fait.

Projet Studio Statut Année d’annulation
Baldur’s Gate 3 (Black Isle) Black Isle Studios / Interplay Annulé 2003
Fallout 3 « Van Buren » Black Isle Studios / Interplay Annulé 2003
Baldur’s Gate 3 (Larian) Larian Studios Sorti et primé 2023

Larian Studios et la seconde vie d’un héritage presque perdu

Vingt ans séparent l’échec de Black Isle et le triomphe de Larian Studios. Entre ces deux tentatives, la licence a changé de mains, l’industrie a muté, et les attentes des joueurs se sont transformées. Larian, studio belge fondé en 1996, récupère le flambeau et livre en août 2023 un RPG qui dépasse toutes les projections commerciales.

Baldur’s Gate 3 cumule plus de 10 millions d’exemplaires vendus dans les mois suivant sa sortie, remporte le GOTY aux Game Awards 2023, et redéfinit les standards du genre. Difficile d’imaginer un tel succès si Black Isle avait mené le projet à terme deux décennies plus tôt — le contexte technologique, les outils de développement, le marché lui-même n’étaient tout simplement pas comparables.

Pour autant, l’annulation de 2003 reste une blessure ouverte pour ceux qui y ont participé. Perdre un projet de cette envergure à cause d’un problème financier interne, c’est une pilule difficile à avaler — surtout quand on soupçonne que l’erreur n’était pas vraiment une erreur.

Ce qu’on peut retenir de toute cette affaire, c’est que l’histoire des jeux vidéo regorge de chefs-d’œuvre avortés pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la créativité ou le talent. Van Buren, le Baldur’s Gate 3 de Black Isle, le Silent Hills de Kojima… La liste est longue. Et elle rappelle que derrière chaque jeu annulé, il y a des équipes entières dont le travail disparaît sans laisser de traces.

Si vous voulez comprendre pourquoi l’industrie du jeu vidéo produit si peu de grands RPG, regardez ce qu’elle fait à ses meilleurs créateurs : Chris Avellone a dû voir deux de ses projets majeurs s’effondrer en un seul an, sans jamais avoir la moindre prise sur les décisions qui les ont tués. C’est peut-être là le vrai scandale.

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