Parmi les compagnons de Baldur’s Gate 3, Wyll occupe une place singulière. Sincère, attachant, porteur d’un idéal chevaleresque rare, il est pourtant considéré par de nombreux joueurs comme le personnage le moins abouti du jeu. Ce sentiment, l’un des auteurs principaux du titre le partage pleinement.
Wyll, le compagnon oublié de Baldur’s Gate 3
Wyll Ravengard, connu sous le nom de la Lame des Confins, est l’un des six compagnons recrutables dans Baldur’s Gate 3. Héros populaire, chasseur de monstres lié à une fieffée démon nommée Mizora, il incarne un archétype du paladin déchu et du warlock tourmenté. Sur le papier, sa trajectoire narrative semblait prometteuse.
Pourtant, en pratique, son arc scénaristique souffre de lacunes évidentes. Sa quête personnelle se divise en deux lignes narratives distinctes : l’histoire avec Mizora d’un côté, et la relation avec son père Ulder Ravengard de l’autre. Cette bifurcation, loin d’enrichir le personnage, dilue son développement.
Voici les principaux reproches que les joueurs formulent régulièrement à l’égard de Wyll :
- Un contenu solo nettement moins dense que celui d’Astarion, Shadowheart ou Gale
- Une romance jugée peu convaincante et peu développée
- Une quête personnelle qui parle davantage des autres que de lui-même
- Un jeu comme personnage d’origine peu intéressant
- Une fin qui peut le laisser exactement là où il a commencé
Ce dernier point est particulièrement frappant. Un personnage peut terminer l’aventure en restant simplement la Lame des Confins, sans évolution notable, sans transformation intérieure visible. Pour un RPG de cette envergure, c’est un manque difficile à ignorer.
Il faut aussi rappeler que Wyll a subi des remaniements profonds durant l’accès anticipé. À l’origine, son caractère était bien plus abrasif, notamment dans son rapport aux gobelins. Ces révisions ont probablement affecté le temps que l’équipe narrative a pu lui consacrer, au détriment de sa richesse dramatique finale.
Kevin VanOrd, l’auteur qui exprime ses regrets
Kevin VanOrd, l’un des scénaristes de Baldur’s Gate 3 chez Larian Studios, n’a pas cherché à minimiser les insuffisances du personnage. Dans une interview accordée au magazine Edge, relayée par GamesRadar+, il a livré une réflexion lucide et sincère sur ce que Wyll aurait pu être.
« J’aurais aimé faire davantage avec Wyll », a-t-il confié. Sa réflexion dépasse le simple regret. Il évoque notamment l’idée d’un système d’amitié distinct du système de romance, qui aurait permis des interactions plus riches, comme des sorties entre personnages ou des événements spéciaux entre compagnons. Il ajoute que des romances entre personnages non-joueurs eux-mêmes auraient pu enrichir le monde du jeu de façon organique.
| Idée évoquée par VanOrd | Statut dans le jeu final |
|---|---|
| Système d’amitié distinct de la romance | Absent |
| Événements spéciaux entre compagnons (sorties, dates) | Non implémenté |
| Romances entre PNJ compagnons | Absent |
| Arc narratif plus fort pour Wyll | Partiellement abouti |
| Fin différenciée pour Wyll selon ses choix | Insuffisamment développée |
VanOrd avait déjà exprimé une position similaire lors d’une session publique de type « Ask Me Anything » organisée par Larian, peu après l’annonce de leur prochain projet, Divinity. Il avait alors écrit que Wyll méritait un contenu plus dense et un arc plus satisfaisant. Ces déclarations, répétées dans des contextes différents, témoignent d’une frustration réelle face aux contraintes rencontrées.
« Nous avions beaucoup de bonnes idées qui n’ont jamais atteint le jeu, faute de temps », a-t-il ajouté. C’est une réalité connue du développement de jeux vidéo ambitieux : même un titre aussi colossal que Baldur’s Gate 3 ne peut tout contenir. Mais l’aveu reste douloureux quand il concerne un personnage aussi potentiellement fort que Wyll.
Pour VanOrd, la division en deux histoires parallèles — l’arc Mizora et l’arc Ravengard — était peut-être une erreur de conception narrative. En voulant trop embrasser, le personnage a perdu en profondeur ce qu’il gagnait en surface.
Un futur fermé pour la Lame des Confins
Ce qui rend la situation encore plus délicate, c’est que Larian Studios a officiellement arrêté le développement de Baldur’s Gate 3. L’équipe se concentre désormais sur Divinity, leur prochain projet. Les correctifs, extensions ou ajouts de contenu ne sont plus à l’ordre du jour.
Wyll ne recevra donc jamais les scènes supplémentaires, les dialogues enrichis ou la fin alternative qu’il aurait mérités. Sa trajectoire est figée, telle qu’elle existe dans la version finale du jeu. Pour les joueurs qui s’attachent particulièrement à ce personnage, c’est une réalité difficile à accepter.
Pourtant, malgré ses manques, Wyll conserve une place dans le cœur de nombreux joueurs. Sa droiture morale, son courage face à la malédiction qui le ronge, son attachement sincère aux plus vulnérables en font un compagnon authentiquement sympathique. Il représente un idéal héroïque rare dans les RPG modernes, souvent peuplés de personnages cyniques ou moralement ambigus.
Peut-être que cette sincérité, cette honnêteté de caractère, suffit à justifier son existence dans l’aventure. Mais il est difficile de ne pas imaginer ce qu’aurait pu être Wyll avec davantage de temps, davantage de mots et davantage d’amour de la part de ses créateurs. Kevin VanOrd lui-même semble ne jamais vraiment avoir tourné la page, et cette fidélité à un personnage inachevé dit beaucoup sur la richesse de ce qu’il avait imaginé pour lui.

