The Last of Us épisode 1 : critique

Homme portant une femme dans une ville post-apocalyptique envahie

When You’re Lost in the Darkness : un titre qui résume parfaitement l’état dans lequel cet épisode vous plonge dès ses premières minutes. Premier épisode de la série The Last of Us, diffusée sur Max, il décroche chez moi un solide 17/20. Sa structure particulière, coupée en deux époques radicalement différentes (2003 puis 2023), en fait un objet télévisuel à part. Un pilote qui ose, qui prend des risques narratifs, et qui n’évite pas tous les pièges du genre. Décryptage complet.

Fiche technique et informations sur l’épisode

Données essentielles de l’épisode

The Last of Us, saison 1, épisode 1 : intitulé When You’re Lost in the Darkness, cet épisode fondateur installe l’univers post-apocalyptique de la série avec une ambition narrative immédiatement perceptible. La série est diffusée sur Max, plateforme qui met en ligne un nouvel épisode chaque semaine, un format qui redonne du souffle à la consommation sérielle.

Au casting, Pedro Pascal incarne Joel, survivant endurci par vingt ans de chaos. Bella Ramsey joue Ellie, jeune fille immunisée au caractère explosif. Anna Torv intégrale le trio principal dans la peau de Tess, associée de Joel. L’épisode se découpe chronologiquement en deux blocs distincts : une première partie en 2003 à Austin, Texas, au moment précis où l’infection fongique embrase la civilisation, puis un bond de vingt ans en 2023 à Boston, dans un monde déjà ravagé.

Ce double ancrage temporel est un choix audacieux. Il oblige le spectateur à s’adapter deux fois plutôt qu’une, sans filet et sans longue transition ménagée.

La note et le verdict en bref

17/20. Voilà ce que vaut cet épisode selon mon analyse. Pas le chef-d’œuvre absolu, mais clairement au-dessus du lot de ce que la télévision propose habituellement comme pilote de série post-apocalyptique.

Les deux atmosphères que l’épisode convoque sont très distinctes : l’une, viscérale et bouleversante, montre la naissance du chaos en temps réel ; l’autre, froide et cryptique, installe les nouvelles règles d’un monde déjà mort. Pedro Pascal et Bella Ramsey sont convaincants, chacun à leur façon. L’épisode remplit pleinement sa fonction de point de départ : il pose les bases, présente les enjeux, et sait ménager quelques coups d’éclat émotionnels.

Un épisode fondateur, donc. Pas exempt de frustrations, mais suffisamment solide pour donner immédiatement envie de savoir ce qui suit.

Résumé de l’épisode 1 : de 2003 à 2023, l’origine du chaos

Le début de la pandémie en 2003

Austin, Texas, 2003. La jeune Sarah se réveille en retard et prépare discrètement un petit-déjeuner d’anniversaire pour son père Joel. Elle lui vole une montre et de l’argent pour la faire réparer dans une boutique libanaise du quartier. La commerçante la chasse précipitamment, manifestement au courant de quelque chose. Les sirènes de police et de pompiers résonnent en continu dans le centre-ville.

Chez la voisine infirmière, la vieille dame en cours de soin subit une transformation terrifiante et commence à se comporter comme les premiers infectés. À 2 heures du matin, Joel reçoit un appel de son frère Tommy, arrêté après une bagarre de bar. Quand il rentre, la situation a déjà basculé : la maison des voisins baigne dans le sang, et la femme que Sarah y découvre dévore l’infirmière qui la soignait hier encore.

Joel récupère sa fille, monte dans la voiture avec Tommy, et tente de fuir Austin sous une pluie d’explosions, de tirs et de zombies dévalant les rues. Un avion militaire s’écrase dans la rue principale, l’accident renverse leur véhicule. Ils en sortent de justesse. Sarah, la cheville blessée, est finalement abattue par un militaire ayant reçu l’ordre d’éliminer tout individu, infecté ou non. Tommy tue le soldat, mais c’est trop tard. Sarah meurt dans les bras de Joel.

Le monde post-apocalyptique de 2023

Vingt ans plus tard, Boston ressemble à une forêt urbaine abandonnée, envahie par la végétation et sous la botte d’un régime militaire strict. Le couvre-feu dure 12 heures par jour, de 18h à 6h. Quiconque sort de la zone de quarantaine sans autorisation est pendu sans procès.

Joel brûle des cadavres, dont celui d’un enfant, et survit grâce au trafic : il échange des médicaments contre des informations et des ressources. Sa compagne Tess cherche à récupérer une batterie auprès d’un certain Robert, qui la revend. En parallèle, les Lucioles, groupe armé qui combat la dictature militaire, détiennent une jeune captive : Ellie, née après la pandémie, qui se révèle immunisée contre le Cordyceps. Marlene, cheffe des Lucioles blessée et incapable d’assurer la mission elle-même, mandate Joel et Tess pour convoyer Ellie vers le reste du groupe. En échange : tout ce qu’ils veulent. Le trio passe par les égouts pour franchir le mur de quarantaine durant un orage. Dehors, la radio s’allume : le danger commence.

Analyse de la mise en scène et des partis pris narratifs

Une ouverture en 1968 et un générique symbolique

L’épisode ne démarre pas en 2003. Il remonte à 1968, avec des épidémiologistes qui exposent froidement la menace théorique du Cordyceps : ce champignon parasitaire pourrait muter, survivre au-delà de 35°C (sa limite naturelle chez l’être humain), et prendre le contrôle total du comportement humain en le dévorant de l’intérieur sans le tuer immédiatement. Ce n’est pas une intro gratuite. C’est une conférence scientifique qui pose la logique interne de toute la série en deux minutes chrono.

Le générique, lui, joue sur une imagerie saisissante : des champignons prennent progressivement la forme de buildings américains, se propageant comme une ville colonisée de l’intérieur. Difficile de faire plus efficace pour installer la menace de l’infection fongique dans l’inconscient du spectateur sans une seule ligne de dialogue supplémentaire.

Plans séquences et montée en tension

La séquence de fuite dans Austin nocturne est une des meilleures choses que j’aie vues dans un pilote de série depuis longtemps. Les plans séquences traversant la ville en chaos, avec des infectés qui courent, des vitrines qui explosent, des corps dans les rues, atteignent un niveau de panique visuelle rare. La caméra ne ménage rien. L’oeil du spectateur n’a nulle part où se reposer.

Le crash de l’avion militaire dans la rue constitue le point culminant de cette première partie. Brutal, inattendu, efficace. Boston en 2023 offre une esthétique opposée : silencieuse, verdoyante, presque belle si on oublie ce qu’elle représente. Ce contraste visuel entre les deux époques est l’un des paris les mieux tenus de l’épisode.

  • L’ouverture en 1968 : crédibilité scientifique immédiate
  • Le générique au symbolisme fongique : efficacité visuelle maximale
  • Les plans séquences nocturnes d’Austin : sommet émotionnel de l’épisode
  • La Boston végétalisée de 2023 : rupture de ton parfaitement assumée

Les personnages : portraits et premières impressions

Joel, un homme marqué par la perte

Pedro Pascal ne fait pas semblant. Son Joel, vingt ans après la mort de Sarah, est un homme cassé qui fonctionne encore, mais à l’usure. Il porte toujours la montre que sa fille lui avait offerte le jour de l’apocalypse. Il boit, se drogue, et fait du trafic avec un garde corruptible pour survivre dans un monde où la morale est un luxe inaccessible.

Son couple avec Tess, jouée par Anna Torv, est celui de deux survivants pragmatiques qui n’ont pas le temps pour les sentiments superflus. Leur association repose sur l’efficacité, pas sur la tendresse. Mais quand ce garde attaque Ellie, Joel perd toute mesure. Les militaires s’en prenant à une fillette : c’est le déclencheur que son trauma le plus profond ne peut pas laisser passer. Pascal joue cette tension intérieure avec une économie de moyens qui rend la scène d’autant plus percutante.

Ellie, une jeune fille hors du commun

Bella Ramsey débarque dans la série comme Ellie débarque dans la vie de Joel : en fanfare et sans prévenir. Née après la pandémie, cette gamine n’a jamais connu autre chose que la quarantaine, les tests quotidiens d’infection et la promiscuité sous surveillance militaire. Elle répond par des insultes, réclame son couteau avec insistance, et interroge Joel sur le monde extérieur avec une curiosité aussi touchante que déstabilisante.

Son secret change tout : Ellie est immunisée contre le Cordyceps. Là où tout autre être humain mordu par un infecté se transforme, elle reste en idéale santé. Pour les Lucioles, elle représente la possibilité d’un vaccin. Pour Marlene, qui l’a abandonnée dans un orphelinat militaire bébé, c’est une responsabilité qui dépasse l’affectif. Ramsey rend cette complexité immédiatement lisible, sans en faire trop.

  1. Ellie découverte comme captive des Lucioles
  2. Sa nature immunisée révélée après la confrontation avec le garde
  3. Son intégration forcée dans le duo Joel/Tess pour le convoi
  4. Son couteau planté dans la jambe du garde : premier acte de caractère

Ce qui fonctionne et ce qui déçoit dans cet épisode

Les points forts de l’épisode

La première partie en 2003 est émotionnellement redoutable. Sarah est un personnage qu’on aime instantanément, et la série le sait. Sa mort, abrupte et injuste, frappe fort. Les scènes de chaos urbain à Austin sont réalisées avec une précision visuelle qui force le respect : chaque plan compte, chaque figurant a l’air réellement pris de panique, et la tension monte sans jamais retomber jusqu’au crash de l’avion.

La construction de la menace du Cordyceps dès l’introduction scientifique de 1968 est également une réussite. Pas besoin de grands discours explicatifs : le spectateur comprend tout, et cette compréhension rend le chaos d’autant plus oppressant quand il arrive.

Les limites et les frustrations

Le basculement vers 2023 est trop brutal. La mort de Sarah coupe net l’élan émotionnel avant qu’il n’atteigne son plein potentiel. J’aurais volontiers passé davantage de temps en 2003, à regarder le monde sombrer progressivement. Cette série aurait pu, sur ce seul matériau, tenir plusieurs épisodes haletants.

La deuxième partie de l’épisode est trop cryptique, trop introductive. Elle multiplie les personnages, les enjeux de trafic, les codes musicaux à la radio, les alliances fragiles, sans que le rythme ne se stabilise vraiment. Ce n’est pas raté, mais c’est dense au point d’être parfois difficile à suivre pour un spectateur non initié.

  • Point fort : la séquence de fuite nocturne dans Austin
  • Point fort : l’introduction scientifique du Cordyceps en 1968
  • Point faible : le saut temporel trop express vers 2023
  • Point faible : la deuxième partie trop dense et cryptique

La saison 2 en perspective : des promesses après un départ timide

Un premier épisode de saison 2 trop sage

Le premier épisode de la saison 2 porte le même titre : When You’re Lost in the Darkness. Cinq ans après les événements de la saison 1, Joel et Ellie vivent à Jackson, communauté fermée du Wyoming. Une relative quiétude règne. Trop relative, justement.

Le vrai problème de cet épisode d’ouverture, c’est qu’il repose entièrement sur l’exposition. Le mensonge de Joel hante toute la saison : il a massacré les Lucioles à la fin de la saison 1 pour sauver Ellie des mains des médecins qui devaient la tuer pour élaborer un vaccin. Il ne lui a jamais dit la vérité. Cette relation fracturée par le secret constitue le moteur dramatique de la saison, mais l’épisode 1 ne fait qu’en poser les contours sans jamais déclencher l’étincelle.

Les nouveaux personnages enrichissent l’univers : Abby, ancienne membre des Lucioles survivante du massacre, interprétée par Kaitlyn Dever ; Dina, optimale amie d’Ellie, jouée par Isabela Merced ; Jesse, ex d’Ellie, incarné par Young Mazino ; et Gail, psychologue de Jackson dont la relation complexe avec Joel intrigue, campée par Catherine O’Hara. Bien écrits, bien joués. Mais insuffisants pour compenser le manque de rythme général de cet épisode.

Une suite qui s’annonce explosive

La saison 2 compte 7 épisodes, mis en ligne chaque semaine sur Max. Le deuxième épisode est sorti le 21 avril, et la saison s’est achevée le 26 mai 2025. Une troisième saison a déjà été annoncée, confirmant la santé de la série malgré les attentes vertigineuses pesant sur chaque nouvelle livraison.

Les journalistes ayant vu l’intégralité de la saison 2 avant sa diffusion la décrivent unanimement comme plus violente, plus sombre et plus cruelle que la première. Les dernières minutes de ce premier épisode laissent pointer les premières menaces : la quiétude de Jackson est sur le point de voler en éclats. Si vous cherchez à savoir comment la saison 2 traite le massacre des Lucioles et ses conséquences, sachez que la réponse arrive vite, et qu’elle ne fait pas dans la demi-mesure. Gardez cette question en tête en regardant : pourquoi Ellie ne sait-elle toujours pas ce que Joel a vraiment fait pour la sauver ? La réponse, quand elle arrive, change tout.

Romain Clement
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