Elden Ring : ce scandale financier qui choque l’industrie du jeu vidéo

Chevalier doré armé détruit des hommes d'affaires terrorisés

30 millions d’exemplaires vendus en trois ans. C’est le score qu’Elden Ring affichait en avril 2025, sans compter les 10 millions supplémentaires générés par l’extension Shadow of the Erdtree, ni les 5 millions de Nightreign, le spin-off multijoueur lancé plus récemment. Des chiffres qui feraient rougir n’importe quel concurrent. Pourtant, c’est précisément ce succès qui met aujourd’hui le PDG de Kadokawa, Takeshi Natsuno, dans une position très délicate.

Kadokawa : quand le succès d’Elden Ring devient un problème de gouvernance

L’ironie est brutale : FromSoftware a produit l’un des jeux les plus rentables de la décennie, et son entreprise mère se retrouve sous pression à cause de ça. Le fonds activiste Oasis Management, désormais premier actionnaire individuel de Kadokawa avec près de 14 % du capital, réclame ouvertement la tête de Natsuno. La raison ? Ce que les investisseurs appellent le « profit leakage », autrement dit les fuites de profits.

Concrètement, Kadokawa laisse filer une part significative des revenus générés par ses titres vers des éditeurs tiers. Elden Ring en est l’exemple le plus visible : publié par FromSoftware et Kadokawa au Japon, le jeu est distribué dans le reste du monde par Bandai Namco. Résultat, une fraction notable des marges part chez un partenaire externe plutôt que de rester dans les caisses de Kadokawa.

Oasis ne mâche pas ses mots dans son communiqué de presse publié début juin 2026. Le fonds y qualifie FromSoftware de « joyau de la couronne » du groupe, tout en dénonçant une gestion qui « continue de laisser une part significative des revenus issus de ses titres entre les mains de partenaires éditeurs tiers, créant une perte de valeur importante et continue pour l’ensemble des parties prenantes de Kadokawa. »

Ce qui aggrave le cas de Natsuno, c’est qu’il avait lui-même promis de remédier à la situation. Kadokawa avait officiellement inscrit l’auto-publication dans son plan à moyen terme précédent, et avait levé des fonds en 2022, diluant les actionnaires au passage, pour financer ce virage stratégique. Natsuno a depuis abandonné cet engagement sans fournir la moindre explication structurée aux actionnaires. Franchement, c’est le genre de volte-face qui ne pardonne pas.

Un bilan fragilisé bien au-delà de la question éditoriale

La polémique autour des fuites de profits ne constitue pas le seul boulet que traîne Natsuno. En 2024, une fuite de données massive a coûté plusieurs millions à Kadokawa, ajoutant une couche supplémentaire de défiance chez les investisseurs déjà nerveux. Deux crises en moins de deux ans, ça laisse des traces.

L’affaire Sony a également cristallisé les tensions. Certains actionnaires espéraient une acquisition pure et simple du groupe par Sony, ce qui aurait offert une valorisation intéressante. Ce scénario optimal a finalement accouché d’une « alliance stratégique » dans laquelle Sony n’a pris que 10 % du capital. Pour les investisseurs qui rêvaient d’une offre de rachat, la pilule a été dure à avaler.

Voici les principaux griefs formulés par Oasis Management contre la direction actuelle :

  • Abandon de la stratégie d’auto-publication sans justification transparente
  • Fuites de profits structurelles via les partenariats avec des éditeurs tiers
  • Mauvaise gestion de la crise de fuite de données en 2024
  • Déception sur le dossier Sony, qui n’a pas abouti à une acquisition
  • Défaillances de gouvernance et de supervision du conseil d’administration

Oasis ne demande pas l’auto-publication immédiate de chaque titre. Le fonds réclame surtout de la transparence, une discipline financière claire et un plan crédible pour maximiser la valeur de FromSoftware. La nuance est significative : ce n’est pas un activisme à court terme, c’est une remise en cause de la stratégie globale.

Indicateur Données
Ventes d’Elden Ring (avril 2025) Plus de 30 millions d’exemplaires
Ventes de Shadow of the Erdtree 10 millions d’exemplaires
Ventes de Nightreign 5 millions d’exemplaires
Part d’Oasis Management dans Kadokawa Environ 14 %
Part prise par Sony dans Kadokawa 10 %
Soutien des actionnaires à Natsuno (AGM 2025) 90 %

Ce que l’affaire Kadokawa révèle sur l’économie du jeu vidéo

Le cas Kadokawa met en lumière une tension de fond dans l’industrie vidéoludique : créer un jeu à succès mondial ne suffit plus. Il faut aussi en capturer l’intégralité de la valeur économique. Les studios indépendants ou semi-indépendants comme FromSoftware, même devenus des références mondiales, se retrouvent structurellement dépendants d’éditeurs tiers pour leur distribution internationale. Et ces partenariats ont un coût.

Pour l’instant, Natsuno a survécu à l’assemblée générale des actionnaires de juin 2026. Mais les résultats précis du vote n’étaient pas encore connus au moment où cette information a filtré. Si son taux de soutien a chuté significativement par rapport aux 90 % obtenus à l’AGM 2025, il pourrait être contraint de mettre en oeuvre les réformes réclamées par Oasis, qu’il le veuille ou non.

La vraie question, pour moi, n’est pas de savoir si Natsuno restera PDG. C’est de savoir si Kadokawa va enfin bâtir une infrastructure d’auto-publication à la hauteur de FromSoftware. Le studio a prouvé qu’il pouvait produire des succès planétaires. Laisser un tiers encaisser une part des bénéfices sur de tels volumes de ventes représente une perte structurelle difficilement justifiable sur le long terme. Si Kadokawa développait une capacité d’édition internationale propre, même partielle, l’impact sur ses marges pourrait être considérable, et les actionnaires activistes n’auraient plus grand-chose à reprocher.

Cecile
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