Le PDG de FromSoftware ne partira pas (et voici pourquoi les fans sont furieux)

Dirigeant d'entreprise posant au bureau avec équipe en arrière-plan

Trente millions d’exemplaires vendus, une extension à dix millions d’unités, et pourtant… des actionnaires furieux. Elden Ring est l’un des plus grands succès du jeu vidéo de ces dernières années, mais il n’a pas suffi à éteindre la colère de certains investisseurs de Kadokawa Corporation, la maison mère de FromSoftware. Le feuilleton de la gouvernance s’est conclu lors de l’assemblée générale annuelle de 2026 : Takeshi Natsuno conserve son poste de PDG, malgré une tentative d’éviction orchestrée par des fonds activistes.

Elden Ring au centre d’une bataille d’actionnaires

Tout commence avec un chiffre impressionnant. Quand Elden Ring sort en 2022, le chiffre d’affaires de la division jeux vidéo de Kadokawa bondit de 123 % en un an. Pour n’importe quelle entreprise cotée, c’est le genre de performance qui devrait rassurer les marchés. Sauf que pour Oasis Management, fonds activiste basé à Hong Kong, ce succès n’a pas été suffisamment exploité.

Ce groupe d’investisseurs accuse la direction de Kadokawa d’avoir laissé s’échapper une opportunité commerciale majeure, qualifiant la situation de « fuite matérielle de profits » liée à la gestion d’Elden Ring. Leur raisonnement : un RPG action qui s’écoule à 30 millions d’unités en avril 2025, c’est une franchise qui méritait une stratégie de monétisation bien plus agressive. La sortie de Nightreign, le spin-off multijoueur de 2025 qui a dépassé les cinq millions d’exemplaires vendus, ainsi que l’adaptation cinématographique d’Elden Ring confiée à Alex Garland (réalisateur de Ex Machina, 28 Days Later et Civil War), prévue pour le 3 mars 2028, ne les ont visiblement pas convaincus.

Pour appuyer leur coup de force, Oasis Management est passé à l’action en mars 2026 en devenant le premier actionnaire de Kadokawa, avec 11,89 % du capital. Sony, qui détenait jusqu’alors la première place via son groupe PlayStation, s’est retrouvé relégué à 10,04 %. Le géant chinois Tencent, lui, pointe à 7,97 % du capital. Ce nouveau rapport de force a clairement donné du poids aux revendications du fonds activiste.

Le PDG maintenu, mais fragilisé

L’assemblée générale a tranché : Takeshi Natsuno reste en poste. Mais les chiffres racontent une autre histoire. Le soutien des actionnaires à sa direction a chuté de 90 % à 59,68 % en l’espace d’un an, selon des données rapportées par Reuters. Conserver son siège avec moins de 60 % des voix, c’est techniquement une victoire… mais politiquement un signal d’alarme difficile à ignorer.

Un autre fonds activiste, Institutional Shareholder Services, a renforcé la pression dans un rapport de vote par procuration. « Même s’il peut falloir du temps pour trouver un successeur à Natsuno, ce défi mérite d’être relevé », y écrivait l’organisation. Un message qui, sans appeler explicitement à un départ immédiat, souligne que la question de la succession est sur la table.

Voici les principaux actionnaires de Kadokawa au moment de l’AGM 2026 :

Actionnaire Part du capital Profil
Oasis Management 11,89 % Fonds activiste (Hong Kong)
Sony (PlayStation) 10,04 % Groupe audiovisuel japonais
Tencent 7,97 % Conglomérat numérique (Chine)

Face à cette pression, Kadokawa n’est pas resté silencieux. L’entreprise a annoncé après l’AGM qu’elle allait réexaminer sa structure de gouvernance, sa politique de rémunération des dirigeants et l’avancement de son plan stratégique à moyen terme. Des annonces attendues, mais qui montrent que le groupe entend prendre les critiques au sérieux sans pour autant sacrifier son PDG.

FromSoftware, une pépite rachetée sans prix affiché

Pour comprendre pourquoi Elden Ring cristallise autant de tensions, il faut revenir à l’origine du lien entre Kadokawa et FromSoftware. Le studio japonais, fondateur de la série Souls, a été acquis par Kadokawa en 2014. Aucune valeur n’a jamais été rendue publique pour cette transaction, ce qui rend difficile toute évaluation précise du retour sur investissement.

Ce qui est certain, c’est que le rendement a été spectaculaire. FromSoftware a enchaîné les succès critiques et commerciaux, mais Elden Ring constitue un saut d’échelle inédit. Le titre, développé avec l’écrivain George R.R. Martin pour la construction du lore, a transcendé le public habituel des Soulslike. Résultat : une franchise dont la valeur commerciale dépasse largement le cadre du jeu vidéo traditionnel.

Les reproches des investisseurs activistes portent précisément sur cette montée en puissance. Voici ce qu’Oasis Management reproche concrètement à Kadokawa :

  • Ne pas avoir capitalisé assez rapidement sur le succès d’Elden Ring avec des produits dérivés et extensions supplémentaires
  • Avoir attendu 2025 pour lancer Nightreign, premier spin-off multijoueur de l’histoire de FromSoftware
  • Ne pas avoir maximisé les licences et les opportunités cross-média avant la concurrence
  • Une politique de communication jugée trop opaque sur la valorisation de FromSoftware

Franchement, la critique a une part de légitimité. Quand un jeu atteint 30 millions de ventes, les actionnaires peuvent légitimement se demander si chaque levier commercial a bien été actionné. Mais juger la vitesse d’exécution d’un studio de création comme FromSoftware à l’aune des seuls indicateurs financiers, c’est prendre le risque de détruire ce qui fait précisément sa valeur : une culture de développement rigoureuse, jalouse de sa qualité, qui n’industrialise pas ses franchises au détriment de l’expérience.

Nightreign dépasse les cinq millions d’unités, l’adaptation cinéma avance avec un réalisateur de premier plan. La stratégie de Kadokawa produit des bilans mesurables. La vraie question n’est pas de savoir si Natsuno doit partir, mais si les prochaines décisions de gouvernance permettront au studio de rester fidèle à ce qui l’a rendu indispensable.

Cecile
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