Un chercheur en sécurité fait tourner Ubuntu sur une PS5 et la connecte à Steam. Le résultat ? Franchement surprenant. Andy Nguyen, alias TheFlow, a rendu possible ce qui semblait relever de la pure théorie : installer Linux sur une PlayStation 5 via un exploit ciblant les firmwares jusqu’à la version 4.03 (et plus largement jusqu’à la 4.5). Le firmware 4.5 date de décembre 2021 — impossible de rétrograder, et TheFlow ne prévoit aucune extension à d’autres versions. Pour mettre la main sur une console éligible, il a fallu débourser 520 £ sur eBay pour un exemplaire non mis à jour. L’accès au matériel Sony brut, sans restriction logicielle, méritait bien ça.
Comment Linux tourne concrètement sur la PS5
Le processus repose sur une séquence précise : préparer une image Linux, déclencher l’exploit, envoyer le bon payload depuis un PC, puis laisser la PS5 redémarrer. Au réveil, Ubuntu 26.04 LTS s’initialise depuis une clé USB ou un SSD externe. Installer Linux sur le slot M.2 interne améliore drastiquement les vitesses de stockage — mais la clé USB reste indispensable au démarrage.
Côté ressources disponibles, le tableau est généreux :
- Environ 15 Go de mémoire utilisable
- Les 8 cœurs et 16 threads du cluster Zen 2
- Le GPU complet à 36 unités de calcul
- Fréquences de base : CPU à 3,2 GHz, GPU à 2,0 GHz
- Avec le mode boost activé : 3,5 GHz sur le CPU et 2,23 GHz sur le GPU
Attention en revanche : la sortie d’affichage se limite à 1080p pendant les tests. Toute résolution supérieure provoquait un écran noir. Ce n’est pas une limitation définitive, mais c’est un frein réel pour le gaming. L’aspect technique reste intimidant pour quiconque n’est pas familier avec Linux — et je me compte moi-même dans ce groupe.
Benchmarks et performances Steam vs jeux natifs PS5
Avant de lancer des jeux, Geekbench 6 a fourni une base de référence. En mode boost, le score multi-cÅ“urs atteint 7566 — comparable à un Ryzen 5 3600. Le score mono-cÅ“ur de 1127 se situe au niveau d’un Core i7-7700. Pour comparaison, un Ryzen 5 7500F moderne avec DDR5 à 6000 MT/s affiche 2888 en single-core et 12869 en multi. L’écart générationnel est réel, mais ce n’est pas la question ici.
Voici un comparatif des résultats obtenus sur les jeux testés via Steam (couche de compatibilité Proton) face aux performances natives de la PS5 :
| Jeu | Perf. PS5 Linux (sans boost) | Gain avec boost | Problème identifié |
|---|---|---|---|
| Black Myth : Wukong | 99,9 % de la PS5 native | +3 % | Chute de 5 fps avec textures HQ |
| Crimson Desert | 98,9 % de la PS5 native | +3,8 % | Ciel non rendu (bug ray tracing ?) |
| Pragmata | Proche au niveau 1 | — | Stutters majeurs au niveau 2 |
| Avatar : Frontiers of Pandora | Instable | — | Crashs, saturation RAM |
Ces chiffres impressionnent. Des titres multi-plateformes comme Black Myth : Wukong tournent via Proton avec une parité quasi parfaite face à la version native PS5. Mais cette parité a ses limites. La gestion mémoire constitue le point faible central — Linux alloue dynamiquement environ 5,5 Go pour le GPU, là où une PS5 standard offre 12,5 Go utilisables aux développeurs. Réduire la qualité des textures dans Pragmata améliore la fluidité, mais n’efface pas les saccades.
Pour Control Ultimate Edition, le test prend une autre dimension. La version PS5 tourne à 1440p natif en mode qualité avec ray tracing. Sous Linux, à 1080p avec les paramètres les plus proches du mode console, les 50-60 fps restent atteignables — mais la parité stricte est impossible : certains réglages raster PS5 descendent en dessous du minimum PC, et le ray tracing est checkerboardé côté console, une optimisation absente de la version PC. L’option de super-sampling à 1440p interne downscalé vers 1080p s’avère prometteuse sur le papier, mais débouche rapidement sur un crash dur. La mémoire graphique, encore.
Ce que ce test révèle sur la mémoire unifiée et l’avenir du hacking PS5
La leçon principale de ce test dépasse la simple comparaison de framerate. Les PC équipés de 8 Go de VRAM dédiée peinent régulièrement face aux versions PS5, alors que la console gère 16 Go unifiés avec une allocation optimisée par l’OS dédié de Sony. Sous Linux, cette mémoire unifiée devient moins efficace — la frontière entre RAM système et mémoire graphique perd de sa fluidité.
Les jeux conçus nativement pour PS5, spécialement les productions first-party de Sony, demandent typiquement un niveau de performance GPU supérieur pour atteindre l’équivalence. Ne vous attendez pas à la même parité avec ces titres. En revanche, Avatar : Frontiers of Pandora illustre un problème connu : même sur les handhelds PC à 16 Go comme le Steam Deck OLED, ce jeu sature la RAM. La PS5 sous Linux amplifie le phénomène.
Ce qui s’ouvre désormais dépasse le gaming Steam. Des utilisateurs font déjà tourner Bloodborne via ShadPS4 et MotorStorm : Pacific Rift via l’émulateur RPCS3 sur ce même setup. Le path tracing sur le GPU PS5, les possibilités de modding, les expériences d’émulation — tout cela devient accessible. Les résultats en path tracing ne seront probablement pas extraordinaires, mais la liberté d’exécuter n’importe quel logiciel sur du matériel Sony fermé reste une perspective captivante pour la communauté homebrew et les chercheurs en sécurité matérielle.

