C’était l’ExpoElectronica 2026 à Moscou — et un processeur russo-chinois a réussi à faire tourner The Witcher 3. Pas à 60 FPS stables, pas avec des graphismes en ultra constants, mais entre 22 et 38 FPS. Pour un CPU basé sur une architecture non-x86, exécutant un jeu Windows via une couche de traduction binaire, c’est franchement pas si mal.
Irtysh : un CPU hors norme avec des entrailles chinoises
Développé par Tramplin Electronics, l’Irtysh ne ressemble à aucun processeur grand public occidental. Il repose sur les cœurs LoongArch LA664 du fabricant chinois Loongson — les mêmes qui équipent le 3A6000. Oublie l’architecture x86 : ici, on parle d’un design 64 bits superscalaire, avec exécution hors-ordre à 6 voies, des instructions vectorielles 128 et 256 bits, et des unités entières, vectorielles et mémoire dédiées. Ce n’est pas une puce basse consommation de pacotille.
Les analyses indépendantes placent le LA664 dans la même catégorie que des architectures x86 vieillissantes mais encore solides, type AMD Zen 1 ou Intel Haswell. Pas de quoi rivaliser avec un Ryzen 9 moderne, mais clairement pas une poubelle non plus. Et cette base technique permet aujourd’hui à Loongson de proposer des déclinaisons à 16, 32, et même 64 cœurs.
Pourquoi la Russie se tourne-t-elle vers l’architecture chinoise ? La réponse tient en un mot : embargo. Moscou subit des restrictions technologiques encore plus sévères que Pékin. L’industrie russe des semi-conducteurs tourne autour de 130 nm de finesse de gravure, avec l’espoir d’atteindre les 7 nm… dans une décennie. Partir des cœurs Loongson, c’est le raccourci le plus logique pour exister dans la course aux processeurs.
The Witcher 3 sur Irtysh : le vrai test de performance
La démonstration s’est déroulée sur un PC sous Linux, avec Steam et Proton pour gérer la traduction binaire indispensable — puisque The Witcher 3 est un jeu Windows natif en x86. La carte graphique associée ? Une AMD Radeon RX 9060 XT, une puce dédiée récente qui n’est clairement pas le maillon faible de ce setup.
Le canal YouTube russe PRO Hi-Tech a documenté les bilans. Voici ce qui a été observé :
| Qualité graphique | FPS minimum | FPS maximum |
|---|---|---|
| Ultra | 22 FPS | 32 FPS |
| Bas | 25 FPS | 38 FPS |
Ce qui me frappe, c’est l’écart minime entre ultra et bas. Seulement 6 FPS de différence en plafond. La RX 9060 XT est clairement sous-exploitée — le vrai goulot d’étranglement, c’est le CPU, que ce soit à cause de la traduction Proton ou des limites intrinsèques de l’architecture LoongArch dans ce contexte logiciel.
Un seuil des 30 FPS qui ouvre des portes inattendues
Franchir la barre des 30 FPS sur un RPG aussi exigeant que The Witcher 3, sans architecture x86 native, c’est symboliquement fort. Personne ne prétend qu’Irtysh est une plateforme gaming sérieuse aujourd’hui. Mais cette démonstration prouve que la compatibilité logicielle progresse.
À mesure que l’écosystème Proton mûrit et que les optimisations LoongArch s’accumulent, la pénalité de traduction binaire devrait se réduire. Si tu veux un conseil actionnable : surveille les benchmarks sur LoongArch dans les 18 prochains mois. Les gains de compatibilité pourraient transformer ce résultat modeste en quelque chose de vraiment exploitable — et ce, bien avant que la Russie atteigne les 7 nm.

