Un Pikachu Illustrator vendu 832 000 livres sterling. Un Charizard adjugé à 442 800 livres. Ces chiffres vertigineux ne sont plus réservés aux enchères confidentielles — ils circulent partout, et des criminels ont pris note. Depuis plusieurs semaines, une série de cambriolages cible des boutiques de cartes Pokémon à travers tout le Royaume-Uni, révélant l’envers sombre d’un marché en pleine explosion.
Une vague de vols qui frappe les commerces spécialisés
Rugby, Bristol, Bournemouth, Peterborough, Nottingham, Trowbridge… La liste des villes touchées s’allonge rapidement. Les malfaiteurs adoptent un mode opératoire quasi identique à chaque fois : arrivée en véhicule utilitaire, neutralisation des caméras, bris de vitrine, pillage express en moins de cinq minutes. Pas de finesse, juste de la brutalité efficace.
À Warrington, en Cheshire, Chris Grundy a vécu le scénario en direct. Son commerce, Celestial Collectables, a été mis à sac en quatre minutes chrono. Les voleurs ont déplacé les caméras avec des balais avant de fracasser la devanture. Résultat : environ 60 000 livres de stock envolées — des cartes gradées, des singles et des boosters scellés dont les prix variaient entre 40 et 300 livres pièce. C’est un client qui l’a prévenu en pleine nuit, après avoir vu la vitrine explosée en passant.
D’autres enseignes ont subi des pertes comparables :
- Trove UK à Bournemouth : 30 000 £ de marchandises dérobées
- Full Fire TCG à Gloucester — 25 000 £ de stock volé
- Un revendeur de Peterborough — près de 80 000 £ de cartes et objets de collection disparus
- Card Catcher Shop à Bristol : 2 000 £ volés lors d’une intrusion le dimanche de Pâques
Sam Jackway, propriétaire du Card Catcher Shop, a regardé le cambriolage se dérouler en temps réel via son système d’alerte. « Les intrus ont passé cinq minutes à ramasser des articles avant d’être mis en fuite par le reste du dispositif de sécurité. » Il insiste sur l’impact psychologique, souvent sous-estimé : les conséquences sur la santé mentale de ses employés ont été sérieuses, bien au-delà du préjudice financier.
Cartes Pokémon : pourquoi les voleurs y voient une mine d’or facile
Roy Raftery, expert en cartes à collectionner chez Stanley Gibbons Baldwins — maison de ventes spécialisée ayant écoulé plus de 1,5 million de livres d’actifs Pokémon lors d’une seule vacation récente — résume la situation sans détour : « Les voleurs savent que Pokémon, ça rapporte. Ils pensent que c’est plus facile qu’attaquer une bijouterie ou une banque. »
| Carte | Prix de vente |
|---|---|
| Pikachu Illustrator | 832 000 £ |
| Charizard | 442 800 £ |
| Pokémon Trainer | 84 000 £ |
Raftery a personnellement négocié plus de 2 millions de livres de transactions sur ces cartes. Il précise que les criminels ne savent pas toujours ce qu’ils emportent — ils misent sur le volume plutôt que sur la sélection. Trente ans de collection, accélérés par l’engouement post-Covid et la spéculation en ligne, ont transformé ces petits rectangles illustrés en actifs à haute valeur perçue.
Face à cette menace, Chris Grundy a revu entièrement son dispositif de protection : détecteurs de mouvement, nouvelles caméras, coffre renforcé pour le stock le plus précieux. Il lance un avertissement clair aux autres revendeurs et même aux collectionneurs privés — sécurisez vos collections maintenant, pas après l’incident. La Cheshire Constabulary a confirmé au BBC coordonner avec les forces de police du nord-ouest et du reste du pays. Mais la solidarité communautaire a aussi joué : après le cambriolage, des boutiques voisines et même des enfants ont apporté leurs propres cartes à Celestial Collectables pour aider à reconstituer le stock.

