Un mémo interne qui fuite, une promesse à demi-mots et une grille tarifaire qui grimpe : Microsoft se retrouve dans une position inconfortable. Asha Sharma, nouvelle patronne de Microsoft Gaming, a écrit noir sur blanc que « le modèle actuel n’est pas la version finale » du Xbox Game Pass. The Verge a récupéré ce document — et clairement, ce n’était pas prévu.
Ce que vous payez vraiment avec le Xbox Game Pass
Avant de parler stratégie, posons les chiffres sur la table. La structure tarifaire actuelle du Game Pass ressemble à ça :
| Formule | Prix mensuel | Ce qu’elle inclut |
|---|---|---|
| Essential | 8,99 € | ~50 jeux, pas de cloud, pas d’accès day one |
| Standard/Premium | 12,99 € | 200 jeux, accès élargi |
| Ultimate | 26,99 € | +500 jeux, EA Play, Ubisoft+, cloud gaming, day one |
Franchement, regarder ces chiffres de près fait mal. 8,99 € pour une cinquantaine de titres, c’est difficile à défendre face au PlayStation Plus Essential à prix comparable, qui propose lui aussi un catalogue limité mais avec des jeux offerts chaque mois. La formule Essential du Game Pass ne donne même pas accès aux sorties day one. C’est le niveau d’entrée, certes, mais l’offre reste maigre pour le prix.
Le vrai produit, c’est l’Ultimate à 26,99 € par mois. Là , oui, le catalogue devient sérieux : plus de 500 jeux, l’intégration d’EA Play, d’Ubisoft+ et le cloud gaming. Mais comparez avec Netflix à 13,99 € pour du contenu en streaming illimité, ou même avec le Game Pass d’il y a deux ans — les augmentations successives ont sérieusement rogné la proposition de valeur. Pour un joueur occasionnel qui lance deux ou trois jeux par mois, la facture annuelle dépasse allègrement les 320 €. Ce n’est plus un abonnement économique, c’est un engagement financier.
Call of Duty, le boulet que Microsoft traîne discrètement
Le cas Call of Duty illustre parfaitement la contradiction au cÅ“ur du modèle. Microsoft a longuement hésité avant d’intégrer la franchise au Game Pass — et cette hésitation n’était pas irrationnelle. Chaque exemplaire vendu à plein tarif génère bien plus qu’un mois d’abonnement, et Call of Duty se vend à plusieurs dizaines de millions de copies chaque année.
Jez Corden, journaliste spécialisé Xbox et voix référente sur le podcast XB2+1, a mis le doigt sur la plaie : selon ses sources, Call of Duty pourrait quitter le Game Pass cette année. Sa formulation était directe — si ça arrive, « cela révélera certaines fissures dans la stratégie ». Ce serait un aveu public que le modèle all-in-one n’est pas tenable pour les franchises les plus lucratives.
Pour moi, ce scénario serait catastrophique en termes de perception. L’argument numéro un pour souscrire à l’Ultimate, c’est précisément d’accéder aux grosses sorties sans débourser 70 € à chaque fois. Retirer Call of Duty reviendrait à vider le service de son principal argument commercial auprès des joueurs grand public.
- Les franchises premium génèrent des revenus bien supérieurs à leur part dans un abonnement mutualisé
- Microsoft doit arbitrer entre volume d’abonnés et revenus par titre vendu
- La présence de Call of Duty dans le Game Pass a coûté à Microsoft une part de ses ventes directes dès 2023
- Aucun concurrent direct — ni Sony, ni Nintendo — ne propose une franchise équivalente dans un abonnement mensuel
Asha Sharma prépare quelque chose — mais quoi exactement ?
La fuite du mémo n’est pas tombée dans le vide. Asha Sharma a remplacé Phil Spencer — figure historique de Xbox — à la tête de Microsoft Gaming. Sa prise de fonction coïncide avec des signaux forts de reconfiguration. Elle a participé à la Game Developers Conference 2026 à San Francisco pour rencontrer des développeurs et sonder les attentes. Elle a aussi échangé avec Greg Peters, co-PDG de Netflix, sur les modèles d’abonnement à l’échelle industrielle. Ce n’est pas un hasard.
Plusieurs pistes circulent. Un palier gratuit financé par la publicité pour le cloud gaming serait à l’étude — un modèle que Spotify ou YouTube ont largement éprouvé. Un rapprochement avec Netflix est également évoqué par plusieurs sources proches du dossier. L’objectif serait de reconquérir les abonnés perdus après la dernière hausse de prix, en proposant des formules moins engageantes financièrement.
Sharma dirige également le développement de la Xbox Project Helix, un hybride console-PC qui redéfinit le positionnement matériel de Microsoft. Le Game Pass sera central dans ce nouveau dispositif — impossible d’imaginer le lancement d’une nouvelle console sans une offre d’abonnement repensée pour l’occasion. Elle a promis d’en dire plus à ses équipes rapidement, mais aucune date concrète n’est encore communiquée publiquement.
Mon conseil, si vous êtes actuellement abonné Ultimate : ne renouvelez pas d’emblée sur un an. Les prochains mois s’annoncent décisifs. Microsoft est sous pression, les fuites se multiplient et une restructuration tarifaire semble inévitable. Mieux vaut rester en mensuel et observer. Si un palier moins cher ou une offre bundle avec Netflix voit le jour, vous aurez gardé votre flexibilité — ce que Microsoft, ironiquement, promet désormais de vous rendre.

