Le partenariat entre Ubisoft et l’Arabie Saoudite pour développer un contenu additionnel d’Assassin’s Creed Mirage suscite des interrogations au sein même de l’entreprise française. Cette collaboration, révélée initialement par le journal financier Les Échos en janvier dernier, implique le Public Investment Fund saoudien dans le financement d’un DLC gratuit centré sur le site d’AlUla.
Les préoccupations internes face au financement saoudien
Les employés d’Ubisoft ont exprimé leurs inquiétudes lors d’une session de questions-réponses interne, selon des documents révélés par GameFile. Un membre du personnel a directement questionné la direction sur l’impact potentiel de ce partenariat controversé sur l’image de l’entreprise, particulièrement suite à l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018.
La direction a tenté de justifier cette collaboration en soulignant que Yves Guillemot avait accompagné le président Emmanuel Macron lors d’une délégation officielle en Arabie Saoudite. Cette visite a été présentée comme un « outil diplomatique classique » visant à étendre l’influence française à l’international et à diffuser les valeurs du pays.
Concernant les origines du financement du DLC, la réponse officielle d’Ubisoft reste évasive. La société refuse de commenter ce qu’elle qualifie de « rumeurs », malgré les révélations médiatiques détaillées sur l’implication du fonds souverain saoudien.
| Acteur | Position | Arguments |
|---|---|---|
| Employés Ubisoft | Inquiets | Risque d’atteinte à l’image après l’affaire Khashoggi |
| Direction Ubisoft | Défensive | Outil diplomatique, distinction PIF/MBS |
| Public Investment Fund | Financeur | Soutien au développement culturel |
La stratégie de communication d’Ubisoft autour d’AlUla
L’annonce officielle du DLC AlUla s’est faite de manière particulièrement discrète fin août 2025, via un simple message sur les réseaux sociaux publié un samedi matin. Cette temporalité inhabituelle s’explique par la présence simultanée de Yves Guillemot en Arabie Saoudite, où il participait à la New Global Sport Conference.
Lors de cet événement saoudien, le PDG d’Ubisoft a présenté le contenu additionnel en mettant l’accent sur la dimension patrimoniale du projet. Il a souligné qu’AlUla constitue un site UNESCO encore méconnu du grand public, justifiant ainsi l’intérêt éducatif de cette collaboration.
Guillemot a insisté sur l’authenticité du contenu développé, précisant que l’équipe collabore avec des spécialistes en archéologie et des experts historiques. Cette approche vise à rassurer sur la qualité scientifique du DLC tout en détournant l’attention des aspects politiques du financement.
Les principales caractéristiques annoncées du DLC incluent :
- Nouveau chapitre narratif se déroulant au IXe siècle
- Missions inédites dans l’environnement d’AlUla
- Améliorations gameplay pour le jeu de base
- Distribution gratuite pour tous les possesseurs de Mirage
Le contrôle créatif revendiqué par Ubisoft
Face aux interrogations sur l’influence potentielle des financeurs saoudiens, Ubisoft maintient fermement détenir le contrôle créatif total du projet. Cette position officielle vise à dissiper les craintes concernant une possible censure ou orientation du contenu selon les intérêts géopolitiques du royaume.
La direction établit une distinction entre Mohammed Ben Salmane comme dirigeant politique et le Public Investment Fund en tant qu’entité financière. Cette séparation théorique permet à l’entreprise de justifier sa collaboration tout en affirmant ne pas compromettre ses valeurs démocratiques.
L’approche d’Ubisoft s’inscrit dans une stratégie plus large de partenariats internationaux, où l’entreprise collabore avec diverses organisations locales et internationales. Ces collaborations fournissent un accès privilégié à des experts, historiens et ressources documentaires nécessaires à la création d’environnements authentiques.
Les enjeux géopolitiques du divertissement interactif
Cette controverse illustre les défis auxquels font face les grandes entreprises de divertissement dans un contexte géopolitique complexe. Le soft power saoudien s’exprime notamment à travers des investissements massifs dans l’industrie du jeu vidéo, créant des tensions entre opportunités commerciales et considérations éthiques.
L’industrie du jeu vidéo devient progressivement un terrain d’influence diplomatique, où les États utilisent la culture populaire pour améliorer leur image internationale. Cette stratégie, parfois qualifiée de « sportswashing » ou « gamewashing », soulève des questions sur l’indépendance créative des développeurs.
Pour Ubisoft, ce partenariat représente une opportunité d’chercher de nouveaux marchés tout en bénéficiant de ressources financières substantielles. En revanche, les répercussions sur la réputation de l’entreprise restent à évaluer, particulièrement auprès des joueurs sensibles aux questions de droits humains.
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