Gamergate 2.0 : comment la diversité dans Assassin’s Creed Shadows déclenche une polémique choc

Assassin's Creed Shadows et DEI : comment la diversité est devenue le cri de ralliement de Gamergate 2.0

La sortie annoncée du jeu Assassin’s Creed Shadows a récemment relancé un débat houleux dans la communauté des joueurs. Au cœur de la polémique : la présence d’un personnage noir, Yasuke, comme protagoniste principal. Cette controverse met en lumière les tensions persistantes autour de la diversité dans l’industrie du jeu vidéo, rappelant étrangement les événements du Gamergate en 2014.

La controverse autour d’Assassin’s Creed Shadows

Le 16 mai dernier, le site d’actualités gaming Dexerto a partagé sur les réseaux sociaux une image du prochain opus de la franchise Assassin’s Creed. Cette image mettait en scène Yasuke, un samouraï noir, dans une pose de combat. La réaction du public fut mitigée :

  • Certains exprimaient leur enthousiasme
  • D’autres manifestaient une certaine lassitude face à la longévité de la série
  • Un groupe vocal se montrait frustré, voire en colère, de voir un personnage noir au centre du récit

Parmi les commentaires les plus virulents, on pouvait lire des remarques telles que « Je vais passer mon tour sur les jeux DEI » ou encore « Pourquoi tant de wokisme ? ». Ces réactions illustrent la polarisation croissante autour des questions de diversité et d’inclusion dans l’univers du jeu vidéo.

Certains détracteurs ont tenté de justifier leur position en remettant en question l’exactitude historique du personnage de Yasuke. Ils alléguaient que :

  • La race réelle de Yasuke n’était pas connue avec certitude
  • Il n’était pas un véritable samouraï, mais plutôt un serviteur
  • Il n’aurait jamais participé à des combats

Ces affirmations semblent toutefois peu fondées, considérant que Yasuke a déjà été représenté comme samouraï dans plusieurs œuvres japonaises, notamment dans les jeux vidéo Nioh (2017) et Samurai Warriors 5 (2021), ainsi que dans une série animée Netflix.

L’émergence de Gamergate 2.0

La controverse autour d’Assassin’s Creed Shadows s’inscrit dans un mouvement plus large, que certains qualifient de Gamergate 2.0. Contrairement à la première itération du Gamergate en 2014, qui visait principalement à étouffer les voix féministes et celles des femmes de couleur dans la culture du jeu, cette nouvelle version semble avoir pour objectif de s’opposer à toute forme de diversité dans les jeux.

Le terme « Gamergate 2.0 » a gagné en popularité plus tôt cette année, en réaction au travail de Sweet Baby, une petite société de conseil. Les employés de cette entreprise ont été victimes d’une vague de harcèlement basée sur des théories du complot infondées. Ces théories prétendaient que Sweet Baby était soutenue par BlackRock et cherchait à imposer la diversité dans les jeux vidéo.

Kim Belair, PDG de Sweet Baby, a déclaré dans un e-mail : « Je pense que cela fait partie du territoire post-Gamergate. Pour un certain type de personnes, principalement des trolls, nous sommes synonymes de leur idée du ‘wokisme dans les jeux’ ou d’une vague idée de ‘DEI’, mais cela reflète finalement la désinformation générale qui alimente cette campagne. »

L’héritage toxique du Gamergate original

Le Gamergate de 2014 reste tristement célèbre pour ses tactiques de harcèlement et d’intimidation. Les cibles principales incluaient :

  • Zoë Quinn, développeuse de jeux
  • Brianna Wu, également développeuse
  • Anita Sarkeesian, critique médiatique

Les attaques allaient du doxxing (divulgation d’informations personnelles) aux menaces de viol et de mort. Cette campagne de harcèlement, née dans les recoins sombres de forums comme 4chan, a malheureusement servi de modèle pour d’autres mouvements extrémistes en ligne.

Les tactiques et les principes du Gamergate ont par la suite été repris et adaptés par le mouvement alt-right émergent. On peut même tracer un lien entre le Gamergate et des théories du complot ultérieures comme Pizzagate et QAnon, montrant l’influence durable de ce phénomène sur la culture en ligne.

Mouvement Année Cible principale
Gamergate 2014 Femmes dans l’industrie du jeu
Alt-right 2015-2016 Minorités et progressistes
Gamergate 2.0 2023-2024 Diversité dans les jeux vidéo

Vers une industrie du jeu plus inclusive ?

Malgré la résurgence de mouvements hostiles à la diversité, l’industrie du jeu vidéo semble progressivement évoluer vers plus d’inclusivité. Des jeux comme Assassin’s Creed Shadows, mettant en scène des personnages issus de minorités, témoignent de cette volonté de changement.

D’un autre côté, les réactions virulentes à ces initiatives montrent que le chemin vers une représentation équitable reste semé d’embûches. Les développeurs et les éditeurs doivent naviguer entre :

  • Les attentes d’un public de plus en plus diversifié
  • La résistance d’une frange conservatrice de la communauté des joueurs
  • La nécessité de créer des jeux authentiques et engageants

L’avenir de l’industrie du jeu vidéo dépendra en grande partie de sa capacité à concilier ces différents enjeux, tout en résistant aux pressions des mouvements réactionnaires tels que le Gamergate 2.0. Le débat autour d’Assassin’s Creed Shadows n’est qu’un épisode dans cette lutte plus large pour une industrie du jeu plus représentative et inclusive.

La Rédac'
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