1,7 million d’enfants australiens se connectent chaque semaine à Roblox. Ce chiffre seul suffit à mesurer l’enjeu : quand la plateforme faillit à protéger ses utilisateurs les plus jeunes, les conséquences sont massives. Le 21 août 2026, Julie Inman Grant, commissaire australienne à l’eSécurité, a rendu publiques des conclusions qui font froid dans le dos sur les lacunes persistantes du géant du jeu en ligne.
Les tests menés par l’agence eSafety en début d’année ont mis en évidence des failles concrètes et documentées. Des adultes inconnus pouvaient envoyer des demandes de connexion à des enfants sans qu’aucune alerte parentale ne soit déclenchée. Pire : les profils des mineurs, incluant leurs pseudonymes, leur liste de contacts et leurs centres d’intérêt, restaient visibles par n’importe quel utilisateur de la plateforme, sans aucune option de restriction. Un prédateur pouvait ainsi scruter la liste de contacts d’un enfant pour identifier de nouvelles cibles. C’est du travail de chasseur, méthodique.
Autre point alarmant relevé par eSafety : des adultes pouvaient commenter les publications d’enfants dans des forums extérieurs aux environnements de jeu, sans le consentement des parents ou des tuteurs. La loi australienne sur la sécurité en ligne (Online Safety Act) impose pourtant explicitement que les comptes des mineurs soient privés par défaut et que tout contact non sollicité entre adultes et enfants soit bloqué.
Un accord contraignant sous surveillance indépendante
Face à ces manquements, Roblox a signé un accord exécutoire devant les tribunaux, s’engageant à corriger ces failles sous trois mois. Voici les mesures promises par la plateforme :
- Passer les comptes enfants en mode privé par défaut
- Bloquer tout contact adulte sans consentement parental préalable
- Faciliter le signalement des contacts indésirables
- Notifier les utilisateurs des suites données à leurs signalements
Mais l’accord va plus loin que de simples correctifs. Pour la première fois depuis l’entrée en vigueur de l’Online Safety Act, un audit tiers indépendant sera imposé à une plateforme. Inman Grant a été directe : Roblox ne peut plus « corriger sa propre copie ». L’auditeur externe aura également accès aux outils d’estimation de l’âge développés par la plateforme.
Sur ce point, Roblox affiche une certaine confiance. Son système d’Facial Age Estimation, développé entièrement en interne, repose sur un modèle d’apprentissage automatique qui aurait traité 338 millions de vérifications d’âge. La plateforme affirme que plus de 99 % des utilisateurs restent classés dans la même tranche d’âge d’un jour à l’autre. Pour les fans de jeux Roblox, ces outils conditionnent directement l’accès aux contenus. En cas d’erreur de classification, des mineurs pourraient accéder à des contenus adultes, exposant Roblox à des amendes pouvant atteindre 49,5 millions de dollars australiens. eSafety ne plaisante pas avec ces risques, et un rapport de transparence détaillant les résultats de toutes les plateformes de jeux sera publié avant la fin de l’année.
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