Pokémon : 30 ans d’interdictions aux millions

Pokémon devant une Pokéball enchaînée et un marteau de juge

En septembre 1998, une génération entière d’enfants australiens découvrait Pokémon sur Cheez TV, la chaîne matinale qui régnait sur les petits écrans avant l’école. La chanson d’ouverture, le toast à la sauce tomate dans la main, et cette certitude immédiate : quelque chose venait de changer. Trente ans après sa création par Satoshi Tajiri, designer et ancien zinester devenu fondateur de Game Freak, la franchise reste la plus grande de l’histoire des médias, tous secteurs confondus.

Des jeux Game Boy aux cartes à plusieurs millions : la montée en puissance d’un phénomène

Pokémon est né comme un cadeau d’adieu au Game Boy vieillissant. Nintendo et Game Freak misaient sur un concept simple : chercher une région appelée Kanto, collecter 151 créatures, les faire combattre. Deux ans après le lancement japonais, le jeu débarquait à l’Ouest et ne repartait plus. Les versions Game Boy ont depuis dépassé 400 millions d’exemplaires vendus à l’échelle mondiale, un chiffre qui écrase la plupart des franchises concurrentes.

Quand le Jeu de Cartes à Collectionner Pokémon arrive à mi-1999 en Australie, les cours de récréation se transforment instantanément en tables de négociation. Les Australiens dépensent 11 millions de dollars sur ces cartes dans les deux seuls premiers mois. Les bagarres de playground autour des holographiques rares, les échanges en catimini, les hierarchies sociales fondées sur qui possède un Dracaufeu… tout cela finit par provoquer des interdictions dans la quasi-totalité des établissements scolaires du pays.

Voici les principaux formats qui ont structuré l’essor de la franchise :

  • Les jeux vidéo sur Game Boy (versions Rouge et Bleu, puis Or et Argent)
  • Le dessin animé diffusé dans les matinales enfantines
  • Le jeu de cartes à collectionner, devenu marché spéculatif
  • Les figurines, peluches et produits dérivés (vaisselle incluse)
  • Les jeux mobiles comme Pokémon GO, lancé en 2016

Aujourd’hui, les cartes les plus rares atteignent des sommets inimaginables lors des enchères. La carte Pikachu Illustrator, considérée comme le Graal des collectionneurs, a été adjugée à 16,5 millions de dollars. Ce marché secondaire explosif alimente une nouvelle vague de cambriolages dans les boutiques de hobby en Australie, signe que la valeur perçue de ces morceaux de carton imprimés ne faiblit pas.

Interdictions scolaires, panique morale et revanche des enfants

La réaction des adultes face à Pokémania mérite qu’on s’y arrête franchement : c’était du grand n’importe quoi. Un reportage de Channel Seven en 1999 accusait Pokémon de « transformer les enfants à la sorcellerie et à la violence », citant les inquiétudes d’un pasteur de la Sunshine Coast. L’ABC mettait en garde les parents. L’association PETA prétendait que le jeu encourageait la maltraitance animale.

Pendant ce temps, les images qui illustraient ces mêmes reportages montraient des gamins souriants, qui expliquaient posément à des journalistes perplexes pourquoi Alakazam bat Mackogneur malgré les muscles de ce dernier.

Accusation médiatique Réalité observée
Addiction dangereuse Apprentissage de la stratégie et de la mémoire
Isolement social Échanges obligatoires entre joueurs pour compléter le Pokédex
Violence encouragée Résolution de conflits par des règles codifiées
Coût irresponsable Apprentissage de la valeur et de la négociation

Ce que personne n’avait compris, c’est que Pokémon reposait structurellement sur la coopération : impossible de tout collecter seul. Certains enfants échangeaient des cartes avec des camarades sri-lankais sans parler la même langue. D’autres ramenaient des versions japonaises de cartes lors de voyages familiaux, créant des passerelles culturelles réelles. Tsunekazu Ishihara, PDG de The Pokémon Company présent au Gold Gala 2025, incarne cette continuité d’une vision portée sur trente ans.

Pour ce 30e anniversaire, la franchise s’offre un parc à thème, des jeux inédits et une légitimité culturelle totale. Les enfants de 1998 avaient raison dès le premier jour. Il aura juste fallu trois décennies aux adultes pour l’admettre.

La Rédac'
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