Le succès commercial d’Assassin’s Creed Black Flag Resynced a relancé un débat que la communauté portait en sourdine depuis des années : quel jeu classique de la franchise mériterait d’être remis à neuf en priorité ? La réponse évidente, celle que tout le monde donne, c’est Ezio. Franchement, c’est la mauvaise réponse.
Le vrai candidat au remake, c’est le premier Assassin’s Creed, celui d’Altaïr Ibn-La’Ahad, sorti en 2007 sur Xbox 360 et PS3. Dix-neuf ans au compteur, une structure répétitive assumée et un Moyen-Orient médiéval qui accusait déjà ses limites techniques à l’époque. L’anniversaire des 20 ans approche en 2027 : difficile d’imaginer meilleur timing pour une annonce d’Ubisoft.
Pourquoi Altaïr est le vrai candidat au remake, pas Ezio
Ezio Auditore bénéficie d’une trilogie complète, de deux jeux qui ont chacun affûté la formule précédente, et d’une popularité intacte. Son aventure a vieilli, certes, mais elle reste jouable et cohérente dans ses mécaniques. Altaïr, lui, souffre d’un problème différent et plus profond : le premier opus a posé les bases de toute la franchise sans jamais les exploiter pleinement.
La structure de mission originale, c’était ça :
- Interroger un PNJ par la force ou l’intimidation
- Espionner une conversation en se fondant dans la foule
- Filer une cible à travers les ruelles
- Répéter sept fois avant l’assassinat final
Ce schéma, répété sans variation pendant une dizaine d’heures, transformait chaque mission en corvée. L’idée de départ était pourtant brillante : incarner un vrai assassin qui observe, analyse et planifie avant de frapper. Le potentiel était là, l’exécution ne suivait pas.
Côté combat, l’écart avec les standards actuels est abyssal. Le système de contre en un bouton d’origine n’a rien à voir avec les affrontements fluides de Resynced. Passer à un système free-flow modernisé transformerait radicalement l’expérience sans trahir l’esprit du personnage. Altaïr n’est pas un guerrier, il est un prédateur. Les mécaniques de jeu devraient refléter ça.
Reconstruire la Terre Sainte sans la dénaturer
Jérusalem, Damas, Acre. Trois villes qui auraient pu être parmi les plus belles de la franchise, mais qui souffraient de rues étrangement vides et d’une direction artistique limitée par les contraintes techniques de 2007. Black Flag Resynced a montré ce qu’une recréation récent pouvait donner : des foules dynamiques, des cycles météo crédibles et un éclairage qui transforme l’ambiance selon l’heure de la journée.
Appliquer ces outils à la Terre Sainte du XIIe siècle, c’est une opportunité unique. Ubisoft maîtrise la reconstitution historique, et les équipes qui ont travaillé sur Assassin’s Creed Origins ou Odyssey ont prouvé leur capacité à rendre un monde antique ou médiéval vivant et crédible. Le tableau ci-dessous illustre les principales lacunes techniques du jeu original et les alternatives qu’un remake pourrait y apporter :
| Aspect du jeu original | Problème identifié | Solution envisageable pour le remake |
|---|---|---|
| Parkour | Mouvement rigide, sensation « sur rails » | Free Parkour introduit dans Mirage et Shadows |
| Environnements urbains | Villes clairsemées, peu de vie | Foules dynamiques, météo et éclairage temps réel |
| Structure des missions | Boucle répétitive, peu de variété | Enquêtes diversifiées, approches d’assassinat multiples |
| Combat | Système de contre passif | Combats free-flow façon Resynced |
| Histoire moderne | Scènes peu cinématographiques, dialogues limités | Mise en scène renforcée, réécriture des échanges |
La partie parkour mérite une attention spécifique. Depuis l’introduction des boutons dédiés montée/descente dans Unity jusqu’au Free Parkour de Mirage, chaque itération a enrichi le système. Rejouer le premier opus aujourd’hui, c’est ressentir physiquement cet écart. Un remake qui intègrerait la fluidité actuelle offrirait des routes de fuite et des approches furtives d’une qualité incomparable.
L’arc de Desmond et les origines d’une saga
Le premier Assassin’s Creed ne raconte pas seulement l’histoire d’Altaïr. Il introduit Desmond Miles, l’Animus, et le conflit fondateur entre Assassins et Templiers. Ces éléments ont façonné vingt ans de saga. Paradoxalement, les scènes dans le laboratoire de 2012 sont les plus fragiles du jeu : dialogues plats, mise en scène pauvre, aucune tension réelle.
Black Flag Resynced a fait le choix inverse en supprimant ces séquences modernes pour rester ancré dans le XVIIIe siècle. Pour un remake du premier opus, cette option serait une erreur. L’arc de Desmond, c’est précisément là que tout a commencé. Le réécrire avec une vraie direction cinématographique, des dialogues étoffés et une vraie tension narrative, c’est l’occasion de réhabiliter un personnage que la franchise a souvent maltraité.
Pour moi, c’est même l’argument le plus fort en faveur d’un remake d’Altaïr plutôt que d’Ezio. La trilogie florentine n’introduit rien de fondamental sur la couche moderne. Le premier jeu, lui, pose les règles du conflit, installe la lame secrète, le costume à capuche et l’idéologie assassine dans toute sa complexité. Rater l’anniversaire des 20 ans sans annoncer ce projet serait une occasion gâchée.
Un remake d’Altaïr ne serait pas un simple coup de peinture : ce serait la chance de corriger ce que l’original avait promis sans tenir, et de redonner à l’assassin fondateur de la saga la place qu’il n’a jamais vraiment eue.
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