Le scalping du Pokémon Trading Card Game est devenu un problème si sérieux qu’il a fini par atterrir dans une salle de réunion d’actionnaires. C’est lors de l’assemblée générale annuelle de Nintendo que Shuntaro Furukawa, président du groupe, a été directement questionné sur les pratiques d’achat en masse et de revente à prix excessifs qui gangrènent le marché des cartes. Un signal fort : quand les investisseurs soulèvent le sujet, impossible de l’ignorer plus longtemps.
La revente de cartes Pokémon : un marché secondaire hors de contrôle
Le constat est brutal. Des cartes en édition limitée rachetées en grande quantité dès leur sortie, puis revendues à des prix démultipliés sur les plateformes en ligne. Des enseignes comme GameStop n’hésitent plus à gonfler eux-mêmes leurs tarifs sur des produits qu’ils savent recherchés. Le phénomène dépasse le simple opportunisme : il s’est structuré en véritable industrie parallèle, au détriment des collectionneurs authentiques.
Ces pratiques rendent l’accès aux cartes bien plus coûteux et stressant qu’il ne devrait l’être. Un joueur régulier ou un collectionneur passionné se retrouve systématiquement devancé par des revendeurs organisés, équipés de scripts d’achat automatisés ou capables de vider des stocks entiers en quelques minutes.
| Problème identifié | Impact sur les collectionneurs |
|---|---|
| Achats en volume par des revendeurs | Ruptures immédiates en boutique et en ligne |
| Majoration des prix chez certains détaillants | Coût d’accès multiplié parfois par 3 ou 4 |
| Revente sur marketplaces sans régulation | Marché secondaire incontrôlable et opaque |
Les mesures annoncées par Nintendo et The Pokémon Company
Furukawa a confirmé que Nintendo et The Pokémon Company, filiale à technique de mise en équivalence du groupe, ont pris conscience du problème et travaillent à des solutions concrètes. Plusieurs pistes ont été évoquées publiquement :
- La vente sur commande (made-to-order), pour limiter les achats spéculatifs
- Des accords avec les opérateurs de marketplaces en ligne pour encadrer les revendeurs
- L’utilisation du My Number Card, la carte d’identité officielle japonaise, comme méthode de vérification lors des tirages prioritaires en ligne pour certains produits
Cette dernière mesure, déjà annoncée au Japon, vise directement les comptes multiples utilisés pour contourner les limites d’achat. C’est une approche radicale, franchement bienvenue, même si son déploiement hors du Japon reste flou pour l’instant.
Ce qui est plus décevant, c’est la position de Furukawa sur la responsabilité. Sa formulation est claire : « Nous croyons que The Pokémon Company continuera à prendre des mesures pour répondre à ce problème. » Autrement dit, Nintendo communique, mais délègue. Pour une entreprise qui pèse plusieurs dizaines de milliards de dollars de capitalisation boursière, s’en remettre à sa filiale sur un enjeu aussi visible manque un peu d’ambition.
Reste que l’inscription du sujet à l’ordre du jour des actionnaires change quelque chose. Le scalping de cartes Pokémon n’est plus seulement un problème de communauté : c’est désormais un enjeu de gouvernance d’entreprise. Nintendo a tout intérêt à passer d’une posture réactive à une implication directe, notamment en finançant des solutions technologiques ou en imposant des standards aux distributeurs partenaires à l’échelle mondiale. La balle est clairement dans son camp.

