En octobre 2025, Rockstar Games licenciait une trentaine de salariés, tous membres d’un syndicat. Huit mois plus tard, un tribunal du travail vient de fermer la porte à l’une des tentatives du studio de maîtriser les contours de cette affaire. La réponse des travailleurs concernés ? « Rockstar pensait pouvoir contrôler le récit. Ils ont tort. » Cette phrase, prononcée par Ellie Dunstan, l’une des employées licenciées, résume à elle seule l’état d’esprit d’un conflit qui dépasse largement les murs du studio écossais.
Licenciements, blacklisting et accusations de répression syndicale
Tout commence à l’automne 2025. Rockstar Games, le studio derrière la franchise Grand Theft Auto, annonce le licenciement d’environ 30 employés pour « faute grave ». Problème : la totalité des personnes visées sont membres de l’Independent Workers’ Union of Great Britain (IWGB). La coïncidence est trop frappante pour passer inaperçue.
L’IWGB réagit rapidement et qualifie l’opération de « l’un des actes de répression syndicale les plus flagrants et les plus brutaux de l’histoire de l’industrie du jeu vidéo ». Le syndicat dépose une plainte formelle devant un tribunal du travail britannique, ciblant directement la pratique supposée de blacklisting, c’est-à-dire la constitution de listes noires recensant des membres ou militants syndicaux dans le but de prendre des décisions de recrutement ou de gestion à leur encontre. Cette pratique est explicitement interdite au Royaume-Uni.
La mobilisation ne tarde pas. Plus de 200 salariés de Rockstar North signent une lettre ouverte adressée à la direction, condamnant les licenciements. L’affaire monte jusqu’au Parlement britannique, et le Premier ministre Keir Starmer lui-même juge ces renvois « profondément préoccupants ». Rarement un studio de jeux vidéo aura suscité une telle attention politique.
Le tribunal rejette la demande de Rockstar : ce que cela change concrètement
Le 17 juin 2026, l’IWGB annonce une victoire procédurale significative. Lors d’une audience préliminaire, Rockstar avait demandé au tribunal de supprimer les allégations de blacklisting du périmètre du procès à venir. La juridiction a refusé. Toutes les accusations de répression syndicale portées par l’IWGB pourront donc être examinées lors du procès principal.
Ce procès débutera le 10 septembre 2026 et se terminera le 15 octobre 2026, soit plus d’un an après les licenciements initiaux. Le tribunal a estimé que des questions factuelles sérieuses subsistaient quant à la façon dont ces travailleurs ont été identifiés, répertoriés puis licenciés.
| Date | Événement |
|---|---|
| Octobre 2025 | Licenciement d’une trentaine d’employés syndiqués chez Rockstar Games |
| Novembre 2025 | Lettre de plus de 200 salariés de Rockstar North à la direction |
| Fin 2025 / début 2026 | Affaire évoquée au Parlement britannique ; Keir Starmer s’exprime |
| Juin 2026 | Rejet par le tribunal de la demande de Rockstar de retirer les allégations de blacklisting |
| 10 septembre 2026 | Ouverture du procès principal |
Spring McParlin-Jones, présidente de la branche Game Workers de l’IWGB, parle d’un « coup sévère porté aux tentatives de Rockstar d’échapper à tout examen ». Elle précise que le studio a, selon elle, refusé d’accorder des appels aux salariés licenciés et n’a pas répondu aux demandes de communication de preuves. Pour McParlin-Jones, le tribunal lui-même « doute désormais de la version des faits avancée par Rockstar ».
La voix des licenciés et les enjeux pour toute une industrie
Ellie Dunstan, l’une des salariées congédiées, ne mâche pas ses mots. Elle décrit des licenciements survenus « en un clin d’œil », sans préavis, avec des employés escortés hors des locaux. Perdre simultanément sa passion, ses collègues et ses revenus : voilà ce que représentent ces renvois pour les personnes directement touchées. La suite, dit-elle, n’a fait qu’aggraver les choses, avec une direction qu’elle accuse de les avoir traités avec mépris.
Mais cette bataille syndicale dépasse le sort de trente individus. Voici pourquoi ce procès est scruté bien au-delà de l’Écosse :
- Il s’agit de l’un des premiers contentieux majeurs autour du droit syndical dans le secteur du jeu vidéo britannique.
- Le verdict pourrait créer un précédent juridique pour d’autres studios qui font face à des velléités d’organisation collective de leurs salariés.
- L’affaire illustre la tension croissante entre des studios gigantesques et des travailleurs qui cherchent à s’organiser, un phénomène qui monte en puissance depuis plusieurs années dans l’industrie.
- La mobilisation publique, politique et médiatique autour du dossier montre que la réputation d’une entreprise représente désormais un enjeu réel dans ce type de conflit.
McParlin-Jones résume l’enjeu avec clarté : « c’est un combat David contre Goliath ». Rockstar dispose de ressources considérables, d’autant que le studio s’apprête à lancer Grand Theft Auto 6 sur PS5 et Xbox Series X/S en novembre 2026. Ce calendrier n’est pas anodin : un procès retentissant juste avant la sortie d’un jeu très attendu représente une pression médiatique non négligeable.
Pour les travailleurs, la décision du tribunal de juin 2026 constitue un signal fort. Elle montre que même face à un mastodonte du secteur, les voies légales restent accessibles et crédibles. Le verdict de septembre-octobre 2026 dira si cette résistance collective aboutit à une reconnaissance concrète. D’ici là, chaque audience, chaque pièce versée au dossier alimentera un débat qui dépasse les questions contractuelles pour toucher au droit fondamental de s’organiser collectivement dans un secteur où ce droit reste encore fragile.
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