59,68 %. C’est le score de survie de Takeshi Natsuno à la tête de Kadokawa Corporation. Un an plus tôt, il recueillait 90 % des suffrages du conseil d’administration. La chute est brutale, et elle dit tout de la tension qui monte autour de la maison mère de FromSoftware.
Quand les actionnaires accusent Kadokawa de gâcher le succès d’Elden Ring
Le groupe d’investisseurs activistes Oasis Management n’a pas mâché ses mots. Sa thèse est simple : Natsuno n’a pas su transformer l’immense popularité d’Elden Ring en profits suffisants pour les actionnaires. Le terme utilisé officiellement ? « Material profit leakage« , soit une fuite substantielle de bénéfices potentiels. Autrement dit, de l’argent laissé sur la table.
Oasis n’était pas seul dans cette offensive. Institutional Shareholder Services, autre groupe militant, a poussé dans le même sens avec une déclaration remarquée : « S’il faut du temps pour trouver un remplaçant à Natsuno, c’est un défi qui mérite d’être relevé. » Une formulation qui donne froid dans le dos quand on connaît la culture créative de FromSoftware.
Voici ce que représente concrètement le rapport de force au moment du vote :
| Élément | 2025 | 2026 |
|---|---|---|
| Soutien au PDG Natsuno | 90 % | 59,68 % |
| Part d’Oasis Management dans Kadokawa | Non précisée | 11,89 % |
| Résultat de la campagne d’éviction | Sans objet | Échec (PDG maintenu) |
Depuis mars 2026, Oasis Management est devenu le premier actionnaire de Kadokawa avec 11,89 % du capital. Ce n’est pas anodin : un investisseur aussi bien positionné, qui échoue de peu à renverser un PDG, peut retenter l’opération lors du prochain vote. Le rapport de Reuters, repris par GamesIndustry.Biz, souligne d’ailleurs que Natsuno se retrouve dans une position beaucoup plus fragile qu’il y a douze mois. Majoritaire, oui. Confortable ? Franchement, non.
FromSoftware sous pression : le risque d’une machine à séquelles
Le vrai danger n’est pas dans les chiffres du vote. Il est dans ce qui pourrait suivre si Natsuno venait à être remplacé. Un nouveau PDG, nommé sous l’influence d’Oasis Management, aurait logiquement une feuille de route claire : maximiser le rendement financier de FromSoftware à court terme. Ce que cela signifie concrètement ? Des « suites sûres », des sorties accélérées, une exploitation plus agressive des franchises existantes.
Ce n’est pas une hypothèse. Il y a deux semaines à peine, des rapports ont confirmé que FromSoftware avait dû rejeter des demandes d’investisseurs réclamant exactement ce type de productions. Le studio résiste, mais jusqu’à quand si la pression s’intensifie depuis le sommet de Kadokawa ?
Pour comprendre pourquoi cette pression est particulièrement mal venue, il suffit de regarder ce que FromSoftware a réellement fait avec le succès d’Elden Ring :
- Un DLC majeur, Shadow of the Erdtree, sorti en 2024 et vendu à plusieurs millions d’exemplaires
- Un jeu multijoueur autonome qui s’est lui aussi imposé commercialement
- Un long-métrage en préparation, adaptation de l’univers du jeu
- Un portage Tarnished Edition attendu prochainement
Ce n’est pas un studio qui dort sur ses lauriers. FromSoftware capitalise sur son succès, mais à sa façon, à son rythme. Et ce rythme, justement, est ce qui lui permet de maintenir une qualité que l’industrie entière observe avec attention.
L’histoire du jeu vidéo regorge d’exemples de studios détruits par des actionnaires obsédés par la croissance annuelle. La pression financière mal dosée tue la créativité, puis tue les ventes, puis tue le studio lui-même. Oasis Management devrait s’en souvenir : FromSoftware attire les acheteurs précisément parce qu’il ne fait pas ce que les autres font.
Natsuno maintenu, mais la bataille pour l’indépendance de FromSoftware n’est pas terminée
Natsuno garde son poste. C’est un fait. Mais avec 40 % du conseil prêt à le voir partir, son autorité pour protéger l’autonomie créative de ses studios s’est réduite. Chaque décision stratégique sera désormais scrutée de beaucoup plus près.
Pour FromSoftware, l’enjeu dépasse la politique interne de Kadokawa. Ce qui se joue ici, c’est la capacité du studio à continuer de prendre des risques créatifs sans devoir justifier chaque choix auprès d’investisseurs qui mesurent la valeur d’un jeu à ses ventes de lancement. Elden Ring lui-même était un pari : une IP nouvelle, dans un genre réputé difficile, sans franchise préétablie. Il a rapporté plus de 25 millions d’exemplaires vendus. Le risque créatif peut payer, et souvent mieux que la formule répétée à l’infini.
Ce que Oasis Management présente comme une « fuite de profits » est en réalité un choix éditorial cohérent avec une philosophie de studio qui a fait ses preuves. Forcer une cadence de production artificielle sur FromSoftware, c’est s’attaquer à la raison même pour laquelle ses jeux se vendent autant.
La vraie question, celle que ni Oasis ni Institutional Shareholder Services ne semblent se poser : quel est le coût d’un FromSoftware sans liberté créative ? Si le prochain PDG de Kadokawa répond à cette pression en bridant le studio, les actionnaires pourraient bien obtenir leurs séquelles rapides… et perdre au passage le studio qui valait la peine d’être protégé. Natsuno, lui, semble avoir compris cela. Reste à voir combien de temps ce positionnement tiendra face à un actionnaire majoritaire qui n’a pas dit son dernier mot.
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