Entre 2020 et aujourd’hui, les prix des cartes Pokémon ont bondi de 1 350 % selon l’index compilé par Collectors, propriétaire de l’agence de certification PSA. Un chiffre qui donne le vertige — et qui illustre mieux que n’importe quel discours l’ampleur du phénomène. En février 2026, l’influenceur Logan Paul a revendu une rare carte Pikachu Illustrator pour plus de 16 millions de dollars, après l’avoir achetée pour un peu plus de 5 millions en 2021. Le marché n’est clairement plus celui des cours d’école.
Ce qui frappe, c’est la vitesse à laquelle tout a changé. Des files de cent personnes sur un parking devant un magasin de jouets pour un réassort. Des hommes qui comparent leurs achats de la matinée avant de repartir le coffre plein. Des sites d’e-commerce qui plantent sous la charge lors d’une nouvelle sortie. Le boom des cartes Pokémon n’est plus anecdotique — c’est un marché structuré, avec ses spéculateurs, ses collectionneurs et ses codes.
Cryptomonnaie, scalpers et flambée des prix — les moteurs du boom
Roy Raftery, expert en cartes à collectionner chez Stanley Gibbons Baldwin’s, une maison de ventes aux enchères londonienne, est catégorique : la majorité des acheteurs haut de gamme ne sont pas de vrais collectionneurs. Ce sont des profils qui ont engrangé des gains notables en cryptomonnaie et cherchent où injecter leur capital. « Ils m’expliquent qu’ils ne savent plus quoi faire de leur argent », dit-il. Un phénomène confirmé sur les réseaux : des comptes liés aux cryptos parlent des cartes Pokémon comme d’actifs boursiers, analysant corrections et tendances.
Voici les principaux profils qui alimentent aujourd’hui la demande :
- Les spéculateurs crypto, qui réinvestissent leurs plus-values dans des cartes rares à haute valeur de revente.
- Les scalpers, qui achètent en masse dès la mise en vente — souvent via des bots automatisés — pour revendre à des prix multipliés.
- Les jeunes adultes de 19 à 22 ans, qui parient sur des boîtes à 50 £ revendables 100 £ ou plus.
- Les collectionneurs historiques, qui cherchent juste à compléter leurs séries ou récupérer des cartes de l’enfance.
Le résultat concret sur le marché secondaire est brutal. Une Mega Evolution Ascended Heroes Elite Trainer Box vendue 54,99 £ sur le site officiel Pokémon se retrouve sur eBay entre 100 et 300 £. Les boîtes Écarlate & Violet 151 dépassent parfois les 450 £ à la revente. David Bellinger, analyste senior chez Mizuho, parle d’un marché qui a évolué « à un rythme frénétique », avec « un côté légèrement surchauffé ».
La renaissance Pokémon : nostalgie, anniversaires et vrais passionnés
Pokémon Go en 2016, puis la Nintendo Switch en 2017 : ces deux sorties ont ramené des millions de millennials nostalgiques dans l’univers de la franchise. Stephanie Farnsworth, chercheuse en médias à l’Université de Sunderland, parle d’une « renaissance Pokémon ». Les éditions spéciales pour le 30e anniversaire en 2026 amplifient encore la frénésie.
| Période | Hausse des prix |
|---|---|
| 2004 – 2020 | +282 % |
| 2020 – 2026 | +1 350 % |
Pourtant, derrière la spéculation, il reste des passionnés authentiques. Johannes Heck, pharmacologue clinique, a redécouvert en 2023 sa collection d’enfance chez sa large-mère. En vendant des cartes sur eBay entre mai 2024 et 2025, il a observé que même les cartes « peu communes » partaient très rapidement — signe que certains acheteurs cherchent simplement à compléter leurs albums, sans logique financière.
Bellinger confirme cette dualité : les salons locaux de cartes se multiplient, et beaucoup de participants ne pensent pas à la revente. Pour eux, la valeur est ailleurs — dans la recherche, la possession, le plaisir de tenir entre les mains une carte de 1999. Ignorer cette base de collectionneurs sincères serait une erreur pour comprendre la longévité réelle du marché.

