Double Fine a toujours été un studio bizarre. Mais depuis quelques années, cette bizarrerie ressemble de plus en plus à une vraie stratégie gagnante. Racheté par Microsoft en 2019, le studio fondé par Tim Schafer — le créateur de Brütal Legend et Broken Age — avait traversé une période étrangement silencieuse sous la bannière Xbox. La seule sortie notable pendant plusieurs années fut Psychonauts 2, une suite longtemps attendue. Depuis, le rythme s’est accéléré. En 2025, Double Fine lançait Keeper, un jeu sur un phare doté de conscience. En avril 2026, c’est Kiln qui débarque — un jeu de baston multijoueur centré sur la poterie et les esprits flottants. Oui, vous avez bien lu.
Kiln — la poterie compétitive vue par Double Fine
Kiln est un jeu d’affrontement en équipes de quatre joueurs. L’objectif ? Collecter de l’eau sur la carte et s’en servir pour éteindre le fourneau de potier adverse. L’équipe qui y parvient en premier remporte la partie. Sur le papier, ça ressemble à une version épurée de League of Legends — même structure en équipes, même logique de contrôle de zone — mais sans la montée en niveau, sans les sbires, sans le farming d’XP. C’est brut, direct, presque libérateur.
Ce qui distingue vraiment Kiln, c’est la couche thématique posée sur ce cœur de gameplay simple. Chaque joueur incarne un petit esprit flottant, un peu à la manière d’un bernard-l’ermite numérique. Pour participer aux matchs, ces esprits doivent habiter un pot en céramique. Et ce pot n’est pas anodin : il définit votre style de jeu. Un grand pot résistant absorbe les coups mais transporte peu d’eau. Une bouteille fragile est l’inverse parfait — idéale pour l’attaque, catastrophique face à l’adversité.
Les différents archétypes de pots fonctionnent comme des classes de personnage. Voici comment les distinguer :
- Grand pot trapu : haute résistance, faible capacité en eau, rôle défensif
- Bouteille élancée : fragile mais express, excellente pour l’offensive
- Pot intermédiaire : polyvalent, adapté aux joueurs qui alternent offense et défense
Mais la vraie trouvaille, c’est que vous fabriquez vos pots vous-même sur une roue de potier virtuelle. Les joysticks permettent de façonner l’argile avec une sensation tactile réelle et satisfaisante. Plus vous progressez, plus vous débloquez des personnalisations — petits ajouts décoratifs, glaçures colorées. Vous pouvez constituer une collection entière, mais seuls trois pots sont autorisés par match, à changer à chaque réapparition. C’est une mécanique de gestion d’équipe déguisée en atelier d’art.
Des matchs courts, chaotiques, et franchement addictifs
Les parties durent quelques minutes à peine. Le rythme est frénétique dès la première seconde. Même les pots les plus solides restent fragiles — il y a constamment une tension entre l’agressivité et l’implosion imminente. Les contrôles sont volontairement limités : une attaque de base, une attaque spéciale, un saut, une roulade. Simple en apparence, mais terriblement efficace quand les huit joueurs se retrouvent entassés sur des niveaux de compacte taille.
La conception des arènes mérite qu’on s’y attarde. Chaque carte est compacte, ce qui certifie que les affrontements sont permanents. Certains niveaux intègrent des éléments interactifs qui changent complètement la dynamique.
| Niveau | Élément interactif | Impact sur le gameplay |
|---|---|---|
| Niveau bateau | Embarcations en rotation | Permettent des approches furtives du fourneau adverse |
| Niveau usine | Tapis roulant | Introduit caisses explosives et zones de couverture |
| Niveau discothèque | Dalles musicales | Force les joueurs à danser quelques secondes s’ils se trouvent au mauvais endroit |
Ce niveau disco est, franchement, mon préféré. Se retrouver paralysé sur une dalle pendant que l’adversaire file vers votre fourneau est à la fois frustrant et hilarant. C’est exactement le genre de détail absurde que Double Fine réussit mieux que quiconque.
Le jeu auquel Kiln m’a le plus fait penser, c’est Splatoon. Les deux titres prennent un genre réputé intimidant — le multijoueur compétitif en ligne — et le rendent accessible sans le vider de sa substance. Pas besoin de chat vocal pour s’en sortir : il suffit de surveiller ses coéquipiers et de bien répartir attaque et défense, un peu comme dans un match de basket déjanté.
Double Fine — le studio Xbox qui assume sa différence
Comparer Kiln aux autres productions de Double Fine révèle une cohérence de fond. Psychonauts 2 était une plateforme d’aventure dans les méandres de l’esprit humain. Keeper était un jeu narratif sur un phare conscient. Kiln est un brawler multijoueur sur la poterie. Ces trois jeux n’ont rien en commun en surface. Et pourtant, la patte Double Fine est immédiatement reconnaissable : une direction artistique soignée, un humour décalé, et une mécanique centrale qui aurait l’air absurde dans n’importe quel autre contexte.
Kiln n’est pas parfait. Le jeu ne propose qu’un seul mode de jeu au lancement — ce qui risque de lasser les joueurs les plus assidus plus vite que prévu. Un peu plus de variété dans les buts ou les formats de match aurait été bienvenu. Pas forcément un modèle live-service complet, mais quelques alternatives auraient solidifié la durée de vie.
Malgré cette limite, Kiln réussit quelque chose de rare : condenser les émotions d’un jeu multijoueur — la victoire collective, la frustration, le fou rire — dans des sessions courtes et percutantes. Le style visuel, cartoon et coloré, renforce cette impression d’un dessin animé du samedi matin où l’on tabasse des amis avec des pots en céramique. C’est exactement ce que Double Fine sait faire.
Disponible dès maintenant sur PS5, Xbox et PC, Kiln confirme que le studio de Tim Schafer n’a pas perdu son âme sous l’égide de Microsoft. Si vous cherchez un multijoueur compétitif qui ne se prend pas au sérieux tout en demandant un minimum de stratégie, c’est l’une des sorties les plus singulières de 2026. Verdict tranché : 8/10, avec un vrai potentiel de progression si Double Fine enrichit le contenu dans les prochains mois.

