Quand Asha Sharma prend les rênes de Xbox, elle ne perd pas de temps. Deux mois à peine après avoir promis publiquement « le retour de Xbox », la nouvelle patronne de la division gaming de Microsoft enchaîne les déplacements : GDC en mars pour rencontrer les éditeurs, puis une tournée des studios internes et des équipes produit. Ancienne cadre de la division CoreAI de Microsoft, elle s’est lancée dans un vaste tour d’écoute avant de trancher sur l’avenir stratégique de la marque. Et les premières décisions arrivent.
Game Pass sous pression : Sharma veut casser les prix
C’est le dossier brûlant. Dans un mémo interne diffusé mi-avril 2026, Sharma l’écrit noir sur blanc : «Game Pass est devenu trop cher pour les joueurs». Le service d’abonnement, pilier de la stratégie Xbox depuis des années, souffre d’un modèle jugé trop rigide pour des marchés qui varient énormément — en termes de comportements, d’économies de contenu et de pouvoir d’achat.
Sharma veut introduire une gamme de formules tarifaires plus large. L’une des pistes sérieusement envisagées : élaborer un niveau d’abonnement limité aux jeux des studios first-party Xbox, moins cher que l’offre actuelle. Une façon de donner une porte d’entrée accessible sans dévaluer l’ensemble du catalogue.
Les partenariats avec des services tiers font aussi partie de l’équation. Greg Peters, co-CEO de Netflix, a confirmé à The Information avoir échangé des idées avec Sharma autour de bundles combinant abonnements. Rien de signé à ce stade, mais la direction est claire : l’offre seule ne suffit plus, il faut concevoir de la valeur perçue.
Le cas Call of Duty reste le nœud gordien. Supprimer le jeu du catalogue Game Pass réduirait les coûts, mais retirer un titre déjà disponible pour les abonnés serait perçu comme une trahison. L’hypothèse la plus probable : ne plus inclure les futurs opus de la franchise dans Game Pass. Ce débat agite Xbox en interne depuis des années. Sharma devra trancher, et ce choix dira beaucoup sur la philosophie qu’elle entend imposer.
| Scénario Game Pass envisagé | Avantage | Risque |
|---|---|---|
| Tier first-party uniquement | Prix réduit, accessible | Catalogue limité |
| Bundle avec Netflix ou autre | Hausse des abonnements | Dépendance aux tiers |
| Exclusion des futurs CoD | Réduction des coûts | Réaction négative des fans |
Marque, console et ingénierie : le recentrage en profondeur
Sharma n’a pas attendu pour agir sur l’image de Xbox. La campagne marketing « This is an Xbox » — massivement rejetée en interne comme à l’extérieur — a été enterrée dès son arrivée. Un porte-parole de Microsoft l’a confirmé à Windows Central : «Elle a personnellement pris en main la refonte de notre présence étant marque». C’est un signal fort, et rare : une dirigeante qui débranche une campagne coûteuse sans attendre le prochain cycle budgétaire.
Sur le plan technique, les changements sont tout aussi concrets. Début mars, Sharma a demandé aux équipes d’ingénierie Xbox de plancher sur des fonctionnalités très attendues : interface guide plus épurée, couleurs personnalisables dans l’UI, et surtout la possibilité de désactiver le Quick Resume jeu par jeu. Eden Marie, responsable engineering Xbox, a posté sur X que c’était «la première fois depuis longtemps qu’elle se sentait aussi motivée au travail». Quand les développeurs aiment ce qu’ils font, ça se ressent dans le produit.
Le mémo interne de Sharma pointe un problème de fond — Xbox opère aujourd’hui sur des dizaines de surfaces et pipelines sans base de code partagée ni fondation de données commune. La qualité dépend trop des efforts individuels, pas des systèmes. La solution annoncée passe par un investissement lourd dans les fondations d’ingénierie et de données — une promesse d’unification de l’UI sur console, PC et cloud qui n’a rien d’anodin.
Parmi les chantiers identifiés dans ce recentrage :
- Unifier le code et les pipelines entre console, PC et cloud gaming
- Améliorer la découverte, la pertinence et le social dans l’expérience front-end
- Accélérer une expérience PC plus fluide pour Xbox Game Pass sur Windows
- Préparer l’interface du prochain hardware, nom de code Project Helix
Ce dernier point est capital. La prochaine console Xbox jouera des jeux PC et vise les meilleures performances du marché, mais son interface reste un mystère. Si Microsoft s’appuie sur l’application Xbox PC pour Project Helix, le travail est colossal : l’app embarquée dans les handhelds Xbox Ally avait, à son lancement, l’allure d’une bêta pensée pour souris et clavier plutôt que pour une manette. Phil Spencer lui-même reconnaissait en 2018 qu’il restait «énormément à faire sur Windows» pour les gamers PC. Huit ans plus tard, le constat n’a pas vraiment changé.
Ce que les premières semaines de Sharma révèlent sur la suite
Un incident en apparence mineur dit beaucoup sur la culture qu’elle veut installer. En décembre dernier, des manettes Xbox ont été expédiées sans piles. La réponse de l’équipe a été rapide : réinitialisation des lignes de production, mise à jour des stocks chez les revendeurs, offre d’une batterie rechargeable gratuite en guise d’excuse — le tout en quelques jours. Sharma a salué cette réactivité dans son mémo, avec une formule qui résume bien sa vision — «Nous gagnons chaque heure de confiance des joueurs, et nos décisions doivent prioriser leur expérience.»
Ailleurs dans l’écosystème Microsoft, d’autres signaux méritent attention. Joy Chik, présidente de la division identité et accès réseau, quitte l’entreprise en juillet après 28 ans — elle avait rejoint Microsoft en 1998. Les prix des Surface Pro 11 et Surface Laptop 7 ont grimpé de 500 dollars par rapport à leur tarif d’origine. Microsoft teste un curseur virtuel pour les handhelds via son mode Xbox sur Windows, et retire le bouton Copilot de Notepad au profit d’un menu « outils d’écriture » moins intrusif.
Sharma hérite donc d’une Xbox à reconstruire sur presque tous les fronts à la fois : modèle économique, marque, ingénierie et hardware next-gen. La vitesse à laquelle elle agit depuis février 2026 laisse penser qu’elle a une vision précise. Reste à voir si les structures de Microsoft lui donneront les moyens de l’exécuter sans friction.

