Depuis le triomphe de Baldur’s Gate 3, Neil Newbon est devenu l’un des acteurs de doublage les plus reconnus du jeu vidéo. Son interprétation d’Astarion, vampire charismatique à la voix aiguë et à l’histoire tourmentée, a marqué des millions de joueurs. Mais cette célébrité soudaine a un revers : les propositions de rôles calqués sur ce personnage emblématique se multiplient. Face à cette pression, Newbon fait un choix artistique fort, directement inspiré par une légende de la musique.
David Bowie comme boussole artistique contre la répétition
Neil Newbon cite David Bowie et Iggy Pop parmi ses influences les plus profondes, remontant à son enfance. Pour lui, Bowie incarne bien plus qu’un musicien : c’est un modèle de réinvention permanente, un artiste qui refusait de se figer dans une image. Cette philosophie irrigue directement ses choix de carrière aujourd’hui.
Dans une interview accordée à FRVR, l’acteur a expliqué sa vision avec clarté. Selon lui, Bowie avait parfaitement compris qu’une répétition excessive engendre la stagnation artistique. Ce principe, forgé au fil des métamorphoses du chanteur — de Ziggy Stardust à Aladdin Sane, du Thin White Duke à l’explorateur berlinois — résonne profondément chez Newbon.
L’acteur va plus loin en évoquant les entretiens de Bowie, qui lui ont appris que l’inconfort maîtrisé est le vrai terrain de l’art. Newbon précise : « Être légèrement mal à l’aise, dans le bon sens, c’est là que l’art vit vraiment. » Cette conviction le pousse à chercher des personnages qui le déstabilisent, qui exigent quelque chose de nouveau de sa part.
Newbon confie même qu’il rêverait d’incarner Bowie lui-même, que ce soit dans Labyrinth en jouant Jareth, ou dans un biopic consacré à l’artiste. Cette fascination dépasse l’admiration : elle traduit une identification profonde avec la quête de transformation que Bowie symbolise. Quand on lui parle de Jareth, il répond simplement qu’il saisirait l’opportunité sans hésiter.
Refuser d’être le prochain Astarion dans un autre jeu
Le succès d’Astarion a ouvert des portes, mais a aussi créé un piège. De nombreux studios approchent Newbon avec des propositions décrites comme mettant en scène un personnage « tout comme Astarion ». Ces offres ne concernent pas forcément de mauvais projets, mais elles lui demandent de reproduire une performance déjà existante.
Newbon a refusé plusieurs de ces rôles, non par dédain, mais par conviction artistique. Il explique que rejouer essentiellement Astarion sous un autre nom ne lui permettrait pas d’apporter quelque chose de pertinent au personnage. Ce qui l’intéresse, c’est la spécificité d’un rôle, pas sa ressemblance avec ce qu’il a déjà fait.
Il tient à préciser une nuance importante : il ne parle pas d’une simple similitude vocale, qui peut être inévitable, mais d’une similitude de nature du personnage. Quand un réalisateur lui dit « ce personnage, c’est Astarion », c’est là que Newbon décroche. La voix peut ressembler, mais l’âme du personnage doit être différente.
Voici les critères qui guident ses refus :
- Un personnage dont la psychologie est trop proche d’Astarion
- Une demande explicite de reproduire le même ton suave et légèrement arrogant
- Un rôle qui ne lui permet pas d’analyser un territoire émotionnel nouveau
- Des projets où la similarité avec Astarion est présentée comme un argument de vente
En parallèle, il savoure la chance de travailler sur des projets radicalement différents. Son rôle dans Marathon, le jeu de Bungie, en est un exemple frappant. Il y prête sa voix à Darius, une intelligence artificielle au registre shakespearien et théâtral, à des années-lumière d’Astarion. Petite en volume, cette performance est d’une puissance remarquable.
Une carrière pensée sur le long terme, loin des étiquettes
Neil Newbon reconnaît avoir longtemps subi le typecasting, ce phénomène bien connu dans l’industrie du jeu vidéo et du cinéma. Beaucoup d’acteurs se retrouvent enfermés dans un registre après un succès majeur. Il y a échappé grâce à une discipline artistique rigoureuse.
| Rôle | Projet | Registre |
|---|---|---|
| Astarion | Baldur’s Gate 3 | Vampire charismatique, trauma, humour noir |
| Darius | Marathon (Bungie) | Intelligence artificielle, ton shakespearien |
Ce tableau illustre à quel point les deux personnages connus publiquement occupent des espaces artistiques distincts. Newbon construit délibérément une filmographie contrastée, en choisissant des rôles qui enrichissent sa palette plutôt que de la rétrécir.
Concernant Astarion, l’acteur reste clair : il serait heureux de retrouver ce personnage dans un cadre officiel. Mais Larian Studios a quitté l’univers des Royaumes Oubliés pour se concentrer sur sa propre propriété intellectuelle, Divinity. Un futur projet est en développement, encore loin d’une sortie, et Newbon ignore s’il y sera associé. Il exprime néanmoins le désir sincère de retravailler avec Larian, quelles que soient les circonstances.
Ce que Newbon incarne, au fond, c’est une vision rare dans l’industrie du jeu vidéo : celle d’un acteur qui pense sa carrière comme un artiste total, refusant de se laisser définir par un seul personnage, aussi iconique soit-il. Bowie n’a jamais été prisonnier de Ziggy Stardust — Newbon, lui, n’entend pas rester prisonnier d’Astarion.

