Dès que Solasta 2 est apparu sur les radars des joueurs, une seule comparaison s’est imposée : celle avec Baldur’s Gate 3. Mathieu Girard, PDG du studio Tactical Adventures, le reconnaît lui-même sans détour. « Tout le monde nous compare à BG3, il n’y a pas moyen de l’éviter. » La ressemblance de surface est indéniable : univers Donjons & Dragons, vue isométrique, système de combat au tour par tour, groupes de personnages. Ajoutez à cela la présence de comédiennes vocales partagées — Amelia Tyler, narratrice de Baldur’s Gate 3, et Devora Wilde, qui incarnait Lae’zel — et le raccourci devient presque inévitable. Résultat : 500 000 listes de souhaits sur Steam avant même la sortie en accès anticipé, le 12 mars 2026. Une partie de cette attractivité vient clairement du rayonnement de l’œuvre de Larian Studios. Pourtant, la comparaison mérite d’être nuancée, car les deux jeux s’avèrent profondément différents dès qu’on y regarde de plus près.
Deux studios, deux ambitions, une différence d’échelle radicale
Tactical Adventures, studio français basé à Paris, compte environ 40 développeurs. Larian Studios en employait près de 400 lors de la conception de Baldur’s Gate 3, sans compter les prestataires externes. Cet écart de ressources humaines se ressent directement dans la profondeur narrative de Solasta 2. Pierre Worgague, directeur marketing, est clair : « Nous sommes deux bêtes différentes. » Le studio a d’ailleurs acheté des exemplaires de Baldur’s Gate 3 pour toute l’équipe à sa sortie — ils admirent sincèrement le jeu.
Cette différence d’échelle se traduit concrètement. Les choix et leurs conséquences existent dans Solasta 2, mais sans atteindre la richesse de Baldur’s Gate 3. Il ne faut pas s’attendre à remodeler le monde selon ses caprices. La profondeur cinématique et les performances d’acteurs restent également en retrait. Le studio assume pleinement ce positionnement tarifaire, avec un prix orienté « indie », plus accessible que les productions AAA.
Voici les principales différences structurelles entre les deux jeux :
- Taille du studio : 40 personnes chez Tactical Adventures contre ~400 chez Larian
- Profondeur narrative : limitée dans Solasta 2, immense dans Baldur’s Gate 3
- Compagnons : personnages préécrits et emblématiques dans BG3, contre un groupe familial entièrement personnalisable dans Solasta 2
- Romances : absentes dans Solasta 2, centrales dans BG3
- Règles D&D : Solasta 2 utilise les règles 2024, une première pour un jeu vidéo
Malgré ces contraintes, le studio revendique une identité propre et assumée. Girard précise que Solasta 2 se veut « une expérience unique », différente sur le fond, capable de coexister avec son illustre concurrent. BG3 a créé un appétit pour ce type de jeu ; Solasta 2 ambitionne d’y répondre à sa manière.
La famille comme moteur narratif et mécanique de jeu
Là où Baldur’s Gate 3 mise sur des compagnons préécrits — les Astarion, Shadowheart et autres figures devenues iconiques — Solasta 2 prend le contre-pied total. Vous ne jouez pas un héros solitaire qui recrute des alliés en chemin. Vous incarnez quatre orphelins unis comme une famille, que vous créez et personnalisez dès le départ, avec autant de soin que pour un personnage solo. La romance, envisagée un temps par l’équipe, a été abandonnée : « C’était un peu délicat à gérer », admet Girard. La dynamique familiale remplace ainsi les liens romantiques.
L’histoire débute avec la mort de la « mère » de l’orphelinat, figure tutélaire au passé mystérieux. Elle a également élevé d’autres personnages : la sulfureuse Deorcas (Devora Wilde) et le tourmenté Rickard (Ben Starr). La mission centrale du jeu consiste à maintenir cette famille recomposée unie, malgré ses tensions internes — une motivation narrative originale, rarement vue dans les RPG.
Cette philosophie se retrouve dans le système de dialogue de groupe, où les quatre personnages s’expriment ensemble lors des conversations. Chacun reçoit un marqueur de personnalité : « Bouc émissaire », « Enfant modèle », « Bouffon »… Ces archétypes déterminent leurs réponses, parfois contradictoires, et c’est au joueur de trancher. La carte du monde renforce encore cette identité singulière : une carte en hexagones, voilée par le brouillard de guerre, invite à l’exploration stratégique avec des événements aléatoires et des lieux inattendus. « L’idée était de recréer le fantasme des cartes hexagonales sur papier des jeux de plateau », explique Girard.
| Fonctionnalité | Solasta 2 | Baldur’s Gate 3 |
|---|---|---|
| Création de personnages | 4 personnages dès le départ | 1 personnage principal |
| Carte du monde | Hexagonale avec exploration | Zones linéaires connectées |
| Règles D&D utilisées | Édition 2024 | Édition 2014 |
| Support manette natif | Oui, sans menu radial | Oui, avec adaptations |
Ce que Solasta 2 offre vraiment aux fans de RPG tactiques
Sur le plan du combat tactique, Solasta 2 défend crânement sa place. L’interface est lisible, les options des règles D&D clairement organisées, et la compatibilité native manette — sans menu radial — constitue une réussite technique. Solasta 2 est d’ailleurs le premier jeu vidéo à exploiter les règles D&D 2024, avec leurs sorts mis à jour, les maîtrises d’armes, les classes remaniées et les nouvelles ascendances. Les « bastions » — bases personnalisables — pourraient rejoindre le jeu, mais aucun engagement officiel n’est pris à ce stade.
L’accès anticipé, lancé avec 6 classes sur 12 et un plafond au niveau 4, laisse entrevoir 10 à 15 heures de contenu. Le multijoueur, les actes narratifs supplémentaires, le système d’artisanat et les factions arriveront progressivement. Le niveau maximum sera relevé à 6 en cours d’accès anticipé. Solasta 1 avait culminé à niveau 12 — identique à BG3 — et la version finale de Solasta 2 devrait suivre une trajectoire similaire.
Worgague résume la philosophie du studio avec précision : « Nous voulons simplement que les joueurs comprennent la portée de Solasta 2 et calibrent leurs attentes en conséquence. » Ce n’est pas un clone ambitieux ni un prétendant démesuré. C’est un RPG tactique ancré dans l’esprit du jeu de rôle sur table, porté par une équipe passionnée. Comme le disait Tolkien à travers Bilbo Baggins : ne sous-estimez jamais un halfling.

