RPG du créateur de The Witcher 3 : mort annoncée

Chevalier avec épée bleue contemplant une ville détruite

Le RPG The Blood of Dawnwalker squatte déjà la 22e place des jeux les plus désirés sur Steam, et son lancement est prévu pour le 3 septembre 2026. Pas mal pour un studio indépendant fondé il y a peu. Mais derrière ce succès naissant se cache une histoire que je trouve franchement édifiante — celle d’un créateur qui a dû quitter un géant pour enfin faire ce qu’il voulait vraiment.

Konrad Tomaszkiewicz, le directeur de The Witcher 3 : Wild Hunt, a co-fondé Rebel Wolves précisément parce que chez CD Projekt RED, son projet n’aurait jamais vu le jour. Il l’a dit cash dans une interview à IGN : les équipes étaient « un peu ennuyées » de produire ce qu’il appelle « la même chose, mais nouvelle ». Traduction directe : une suite polie, sans prise de risque, enveloppée dans un packaging rassurant pour ne pas effrayer les actionnaires.

Quand les actionnaires tuent la créativité

Ce mécanisme, je l’ai vu déformer des licences entières. Tomaszkiewicz l’explique sans détour — « Quand tu lances un jeu qui cartonne, les gens en veulent plus, mais surtout sans changement. Et avec des actionnaires ou la bourse, c’est très difficile de contenter tout le monde. » C’est exactement le piège dans lequel tombent les grands studios.

Voici concrètement ce qui bloque l’innovation dans les AAA :

  • Une IP établie crée une base de joueurs conservatrice
  • Les investisseurs privilégient la sécurité des franchises connues
  • Tout écart créatif perçu comme un risque financier
  • Les équipes créatives perdent progressivement leur marge de manœuvre

Tomaszkiewicz cite Cyberpunk 2077 comme l’un des rares sauts créatifs réalisés par CD Projekt RED, tout en admettant que ce genre d’initiative reste exceptionnellement difficile à faire émerger dans une vaste structure. Sa conclusion est tranchée : « Je crois que non », répond-il quand on lui demande si The Blood of Dawnwalker aurait pu naître chez un éditeur Triple A.

Le sandbox narratif : un pari risqué mais assumé

Ce que Rebel Wolves développe avec Dawnwalker, c’est un concept que Tomaszkiewicz baptise « sandbox narratif ». Coen, le protagoniste vampirique, dispose de 30 jours in-game pour sauver sa famille. Passé l’introduction, le joueur examine librement, intégrale les missions dans l’ordre qu’il choisit — aucune n’est obligatoire pour atteindre le générique. On peut même filer directement du tutoriel au boss final.

C’est une structure qui tranche avec The Witcher 3, même si les deux partagent l’ADN du RPG dark fantasy en solo, avec des choix aux conséquences réelles et une mise en scène cinématographique. La différence, c’est l’audace structurelle que seul un studio indépendant peut se permettre.

Caractéristique The Witcher 3 The Blood of Dawnwalker
Structure narrative Linéaire guidée Sandbox narratif libre
Studio CD Projekt RED (AAA) Rebel Wolves (indépendant)
Contrainte temporelle Aucune 30 jours in-game
Missions obligatoires Oui Non

Rebel Wolves a déjà prévu des suites, avec des personnages et concepts délibérément mis en réserve pour les prochains volets. Et Tomaszkiewicz veut éviter le piège qu’il dénonce : il s’inspire de Blizzard pour alterner des projets dans l’univers Dawnwalker avec des franchises totalement nouvelles. L’objectif ? Ne jamais devenir le studio qui ne sait faire qu’une seule chose. Un conseil que beaucoup de créatifs devraient tatouer quelque part.

Cecile
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