En février 2026, l’influenceur Logan Paul a vendu une carte Pikachu Illustrator pour plus de 16 millions de dollars — soit trois fois le prix payé en 2021. Cette transaction a mis le feu aux poudres sur un marché déjà en surchauffe. Je me souviens d’une époque, gamine, où j’achetais des boosters sans me poser de questions. Aujourd’hui, les règles du jeu ont radicalement changé.
Depuis 2020, les prix des cartes Pokémon ont bondi de 1 350 % selon l’indice compilé par Collectors, société propriétaire de l’agence de certification PSA (Professional Sports Authenticator). C’est vertigineux. Entre 2004 et 2020, la progression était déjà de 282 % — mais ça, c’était avant que le phénomène ne devienne systémique.
Cartes Pokémon — quand le hobby devient un actif financier
Le déclic ? Plusieurs facteurs se sont superposés. Le lancement de Pokémon Go en 2016 a ramené des millions de millennials nostalgiques dans l’univers de la franchise. La Nintendo Switch, arrivée en 2017 avec de nouveaux jeux, a amplifié le mouvement. Stephanie Farnsworth, chercheuse en médias et communications à l’Université de Sunderland, parle d’une renaissance Pokémon pour décrire ce retour en force, notamment autour des sets célébrant les personnages originaux des années 90.
Mais ce qui a vraiment transformé le marché, c’est l’afflux de capitaux issus de la cryptomonnaie. Roy Raftery, expert en cartes à collectionner chez la maison de vente londonienne Stanley Gibbons Baldwin’s, est direct : ses acheteurs ne sont pas des collectionneurs. « Ils ont fait de l’argent sur la crypto et cherchent où le mettre », résume-t-il. Sur X et Discord, des profils affiliés aux crypto-actifs discutent des cartes Pokémon comme s’il s’agissait d’actions en bourse — corrections, dips, points d’entrée.
Voici comment se structure aujourd’hui la demande sur ce marché :
- Collectionneurs puristes : ils cherchent à compléter des sets ou récupérer leurs cartes d’enfance
- Spéculateurs crypto : ils placent des liquidités dans des actifs tangibles à fort potentiel de revente
- Scalpers : ils rachètent en masse pour revendre à la marge, souvent via des bots automatisés
- Investisseurs institutionnels : des entreprises achètent du stock vintage pour le revendre sur des marchés globaux
Scalpers, pénuries et fièvre des restocks
J’ai personnellement fait la queue avec une centaine de personnes dans un parking de magasin de jouets pour un restock. Vu des types comparer les prix dans un coffre de voiture après avoir raclé plusieurs boutiques le même matin. Ce n’est pas une anecdote isolée — c’est devenu la norme.
| Produit | Prix officiel (£) | Prix revendu sur eBay (£) |
|---|---|---|
| Mega Evolution Ascended Heroes ETB | 54,99 | 100 à 300+ |
| Scarlet & — Violet 151 ETB | ~55 | 450+ |
Les scalpers utilisent des logiciels automatisés pour vider les stocks en quelques secondes. Les sites d’Argos ou John Lewis s’effondrent à chaque nouvelle sortie. Résultat : une pénurie artificielle qui pousse les acheteurs vers le marché secondaire à des tarifs gonflés. David Bellinger, analyste senior chez Mizuho, parle d’un marché frothy — mousseux, instable — qui évolue à « une vitesse folle ».
Pourtant, les vrais collectionneurs résistent. Johannes Heck, pharmacologue clinique, a retrouvé ses cartes des années 90 chez sa grand-mère et les a mises en vente sur eBay entre mai 2024 et 2025. Il a constaté que même les cartes « uncommon » — catégorie intermédiaire entre communes et rares — partaient très vite. Deux profils d’acheteurs selon lui : ceux qui complètent leur collection, et ceux qui parient sur une future plus-value. Le marché de la carte Pokémon est désormais un terrain où nostalgie et spéculation cohabitent sans se neutraliser.

