Je réclame 1 300 000$ à Ubisoft » : l’ex-patron d’Assassin’s Creed balance tout

L'ex-patron d'Assassin's Creed poursuit Ubisoft pour 1,3 million de dollars canadiens

L’industrie du jeu vidéo traverse une période tumultueuse, et Ubisoft se retrouve désormais au cœur d’une bataille juridique avec l’un de ses anciens cadres les plus influents. Marc-Alexis Côté, figure emblématique derrière plusieurs titres majeurs de la franchise Assassin’s Creed, a déposé une plainte contre son ancien employeur, réclamant 1,3 million de dollars canadiens en indemnités de départ et dommages-intérêts. Cette affaire soulève des questions importantes sur les pratiques managériales au sein des grands studios de développement et met en lumière les tensions internes qui peuvent secouer même les franchises les plus rentables.

Une carrière exemplaire brutalement interrompue

Marc-Alexis Côté, connu sous le surnom de « Mac » par ses collègues, a construit une carrière remarquable chez Ubisoft depuis son arrivée en 2005. Débutant comme ingénieur logiciel, il a rapidement gravi les échelons pour devenir programmeur principal sur Prince of Persia : The Forgotten Sands. Son véritable essor professionnel s’est concrétisé avec son intégration à l’équipe d’Assassin’s Creed Brotherhood, où il a occupé le poste de concepteur de niveaux principal.

La trajectoire de Côté témoigne d’un parcours exemplaire dans l’industrie vidéoludique. Étant directeur créatif, il a supervisé plusieurs projets développés au sein d’Ubisoft Québec, notamment le DLC Freedom Cry pour Black Flag, ainsi que Assassin’s Creed Syndicate et Odyssey. Mars 2022 marque un tournant décisif lorsqu’il prend les rênes de l’ensemble de la franchise, orchestrant une stratégie ambitieuse comparable à celle des studios Marvel, incluant le développement d’Assassin’s Creed Hexe et l’introduction du concept Animus Hub.

Les circonstances contestées du départ

La plainte déposée par l’ancien dirigeant met en lumière une série d’événements controversés survenus au début de l’année 2025. Selon les allégations, la création de Vantage Studios a entraîné une restructuration majeure plaçant Christophe Derennes et Charlie Guillemot, respectivement cousin et fils du PDG Yves Guillemot, à des postes stratégiques supérieurs à celui de Côté. Cette nouvelle hiérarchie aurait constitué une rétrogradation inacceptable pour le vétéran de la franchise.

Durant l’été 2025, la situation se serait détériorée davantage lorsque Vantage Studios a lancé un recrutement pour un nouveau responsable de la franchise Assassin’s Creed. Côté aurait manifesté son intérêt pour ce poste, mais se serait vu opposer un refus catégorique. Les raisons invoquées concernaient principalement la localisation géographique du poste en France, alors que tous les titres majeurs d’Assassin’s Creed avaient été dirigés depuis le Canada, où réside le plaignant.

Chronologie des événements Détails
Mars 2025 Restructuration et création de Vantage Studios
Été 2025 Annonce du recrutement d’un nouveau responsable franchise
13 octobre 2025 Côté informé de ne pas se présenter au travail
14 octobre 2025 Annonce officielle du départ

Les alternatives proposées et le concept de licenciement déguisé

Face à cette impasse professionnelle, Ubisoft aurait proposé deux alternatives à Marc-Alexis Côté. La première option consistait à accepter un poste de directeur de production, subordonné au futur responsable de franchise. La seconde proposition impliquait de diriger une autre unité commerciale, focalisée sur des franchises de second rang au sein du catalogue Ubisoft. Ces propositions, selon la plainte, représentaient une régression significative par rapport à ses responsabilités antérieures.

La notion juridique de « licenciement déguisé » constitue le cœur de l’argumentation développée dans cette affaire. Cette stratégie présumée permettrait à l’employeur d’éviter le versement d’indemnités de départ substantielles en poussant l’employé à démissionner volontairement. Après avoir pris deux semaines de réflexion, Côté a informé Ubisoft que son départ nécessiterait le versement d’indemnités de licenciement. Le 13 octobre, il aurait reçu l’instruction de ne pas se présenter au travail, son départ étant officialisé dès le lendemain.

Les montants réclamés dans la procédure judiciaire comprennent :

  • L’équivalent de deux années de salaire
  • 75 000 dollars canadiens supplémentaires au titre de dommages-intérêts
  • La levée de la clause de non-concurrence limitant actuellement ses opportunités professionnelles

Les répercussions sur l’industrie et l’avenir de la franchise

Cette affaire survient dans un contexte particulièrement sensible pour Ubisoft, alors que la franchise Assassin’s Creed traverse une phase cruciale de son développement. Le prochain lancement attendu serait un remaster d’Assassin’s Creed : Black Flag, tandis que le mystérieux projet Hexe demeure sans date de sortie confirmée. L’absence d’un dirigeant expérimenté comme Côté pourrait potentiellement affecter la cohérence stratégique de ces projets ambitieux.

Radio Canada a révélé l’existence de cette procédure judiciaire, mettant en évidence les tensions managériales au sein des grandes structures de développement. Dans un courriel interne obtenu à l’époque du départ, Christophe Derennes s’était déclaré « déçu » de la décision de Côté, mentionnant que l’ancien dirigeant avait des attentes personnelles concernant la création et l’avenir de Vantage Studios. Un porte-parole d’Ubisoft avait alors déclaré être attristé par ce départ, tout en affirmant la confiance dans les équipes pour poursuivre le travail accompli.

La plainte allègue également un abus de pouvoir et des dommages à la réputation professionnelle de Côté. Le plaignant et ses représentants ont confirmé l’existence de la procédure, tandis qu’Ubisoft maintient sa position habituelle de ne pas commenter les affaires juridiques en cours. Cette situation illustre les défis complexes auxquels font face les professionnels de l’industrie vidéoludique, particulièrement lorsque des restructurations majeures impliquent des membres de la famille fondatrice aux postes stratégiques.

Cecile
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