Danger : Ubisoft au bord du gouffre malgré le succès d’Assassin’s Creed (c’est inquiétant)

Assassin's Creed échoue à sauver Ubisoft de ses difficultés financières

L’année 2024-2025 s’est révélée particulièrement difficile pour l’éditeur français de jeux vidéo Ubisoft. Malgré le succès commercial d’Assassin’s Creed Shadows, le géant du jeu vidéo continue de faire face à d’importantes difficultés financières. Avec une perte nette de 159 millions d’euros et une baisse de revenus de 17,5% par rapport à l’exercice précédent, la situation économique d’Ubisoft suscite de vives inquiétudes dans l’industrie et chez les investisseurs.

Les défis financiers d’Ubisoft malgré le succès d’Assassin’s Creed

Après avoir renoué avec la rentabilité lors de l’exercice 2023-2024, Ubisoft replonge dans le rouge avec une perte nette de 159 millions d’euros (178 millions de dollars) sur un chiffre d’affaires de 1,9 milliard. Cette contre-performance marque un net recul par rapport à l’exercice précédent où l’entreprise avait réussi à sortir d’une période difficile caractérisée par près d’un demi-milliard d’euros de pertes.

L’indicateur privilégié par Ubisoft, les « net bookings » (qui excluent certains revenus différés), affiche également une chute de plus de 20% sur un an, s’établissant à 1,8 milliard d’euros. Ces résultats décevants se reflètent directement sur le cours de l’action qui a perdu plus de 12% depuis janvier 2025, atteignant en avril son niveau le plus bas depuis plus d’une décennie.

Dans ce contexte morose, Assassin’s Creed Shadows fait figure d’exception. Lancé le 20 mars 2025, ce nouvel opus se déroulant dans le Japon médiéval a séduit plus de trois millions de joueurs. Selon les données du cabinet Circana, il est rapidement devenu le deuxième jeu le plus vendu de l’année aux États-Unis. Ce succès, bien qu’impressionnant, n’a d’un autre côté pas suffi à compenser les déceptions commerciales des autres titres de l’éditeur.

Indicateur financier Résultat 2024-2025 Évolution sur un an
Chiffre d’affaires 1,9 milliard € -17,5%
Perte nette 159 millions € Retour aux pertes après profit en 2023-2024
Net bookings 1,8 milliard € -20%
Dette nette 885 millions € -515 millions € depuis septembre

Les échecs commerciaux qui plombent les résultats du géant français

L’année 2024-2025 a été marquée par plusieurs déceptions commerciales majeures pour Ubisoft. Yves Guillemot, PDG du groupe, a reconnu ces difficultés dans un communiqué : « Cette année a été difficile pour Ubisoft, avec des dynamiques mitigées dans notre portefeuille, dans un contexte de concurrence intense au sein de l’industrie. »

Parmi les échecs notables figure Star Wars Outlaws, jeu très attendu qui n’a pas atteint les objectifs de ventes fixés par l’éditeur. Plus problématique encore, le jeu de tir multijoueur XDefiant a été purement et simplement annulé faute d’un nombre suffisant de joueurs, représentant un investissement considérable perdu.

Pour le prochain exercice 2025-2026, Ubisoft table sur une stabilisation des « net bookings » avec plusieurs sorties programmées :

  • Un nouveau jeu Prince of Persia destiné à relancer cette franchise historique
  • Le jeu de stratégie Anno 117: Pax Romana qui visite l’époque romaine
  • Des versions mobiles des franchises Rainbow Six et The Division
  • D’autres titres encore non dévoilés pour diversifier l’offre

Face à ces défis, l’entreprise poursuit également un plan d’économies initié en 2023, visant à réduire ses coûts de 100 millions d’euros supplémentaires sur les deux prochaines années. Ce plan s’accompagne d’une réorganisation profonde et de mesures douloureuses, notamment le remplacement d’un seul employé sur trois lors des départs, comme l’a confirmé Yves Guillemot devant le Sénat français.

La restructuration stratégique et l’alliance avec Tencent

Pour faire face à ses difficultés, Ubisoft a annoncé fin mars 2025 la création d’une filiale dédiée à ses trois franchises phares : Assassin’s Creed, Far Cry et Rainbow Six. Cette nouvelle entité, qui regroupera environ 3 000 des 17 000 employés mondiaux d’Ubisoft, ne possédera pas les marques mais versera des redevances à la maison-mère pour leur utilisation.

La valorisation de cette filiale dépasse les quatre milliards d’euros, soit le double de la capitalisation boursière actuelle d’Ubisoft. Cette opération a attiré l’attention du géant technologique chinois Tencent, qui a accepté d’investir 1,16 milliard d’euros en échange d’une participation d’environ 25% dans cette nouvelle structure.

Selon Martin Szumski, analyste chez Morningstar, cette solution représentait « l’option la moins engageante parmi celles disponibles sans simplement revenir vers les actionnaires les mains vides ». Néanmoins, cette restructuration n’a pas convaincu tous les investisseurs, certains fonds activistes minoritaires ayant tenté de rallier d’autres actionnaires pour exiger un changement de cap.

Cette réorganisation renforce également l’influence de Tencent, déjà investisseur depuis 2018, au sein du groupe français. Yves Guillemot a en revanche affirmé lors d’une audition au Sénat qu’il « conserverait le contrôle » sur la nouvelle filiale. Mais comme le suggère Szumski : « Si Ubisoft ne parvient pas à utiliser l’argent investi par Tencent de manière significative, il est certainement possible que Tencent poursuive l’achat complet de l’entreprise », et ce malgré la résistance probable des frères Guillemot, fondateurs de l’entreprise.

  1. Création d’une filiale pour les franchises phares
  2. Investissement de 1,16 milliard € par Tencent pour 25% de cette filiale
  3. Poursuite du plan d’économies avec 100 millions € supplémentaires visés
  4. Fermeture de plusieurs studios étrangers et réduction des effectifs
  5. Réduction de la dette nette à 885 millions €

Alors que l’industrie du jeu vidéo traverse une période de consolidation intense, l’avenir d’Ubisoft reste incertain. Malgré le succès d’Assassin’s Creed Shadows, l’éditeur doit impérativement retrouver une dynamique positive avec ses prochaines sorties pour redresser sa situation financière et rassurer les investisseurs de plus en plus inquiets.

Cecile
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