Assassin’s Creed Shadows offre aux joueurs deux protagonistes jouables : Naoe, une ninja agile et furtive, et Yasuke, un samouraï puissant et frontal. En revanche, l’expérience de jeu révèle qu’un seul personnage aurait peut-être mieux servi cette aventure dans le Japon féodal. Après plusieurs dizaines d’heures passées à visiter ce monde magnifiquement rendu, une préférence nette pour l’approche ninja émerge comme le cÅ“ur véritable de cette aventure.
L’expérience ninja définit la véritable essence du jeu
Dès les premières heures de jeu, l’attachement à Naoe se construit naturellement. Son gameplay furtif s’harmonise parfaitement avec l’environnement japonais méticuleusement conçu. Les châteaux deviennent des puzzles tridimensionnels à résoudre, où chaque buisson, chaque pièce sombre et chaque toit offre des opportunités stratégiques.
Ce qui distingue réellement l’expérience de Naoe, c’est la façon dont elle interagit avec le monde. Son approche furtive transforme l’environnement en allié stratégique. Les joueurs planifient soigneusement leurs mouvements, utilisant:
- Les buissons comme points d’observation sécurisés
- Les pièces sombres comme cachettes stratégiques
- Les toits comme perchoirs pour repérer les cibles
- Les murs fins comme opportunités d’assassinats dramatiques
La mécanique d’infiltration s’adapte également au cycle jour/nuit, ajoutant une couche supplémentaire de complexité et d’immersion. Cette approche met en valeur les graphismes hyperréalistes d’Assassin’s Creed Shadows qui ne sont pas simplement esthétiques mais deviennent partie intégrante du gameplay.
Quand on perfore un panneau de papier de riz (shoji) pour assassiner un ennemi, la lumière qui inonde la pièce n’est pas qu’un effet visuel – elle peut alerter d’autres gardes. Cette intégration entre les visuels époustouflants et les mécaniques de jeu crée une expérience cohérente et immersive qui définit l’essence même du jeu.
Les limites du gameplay de samouraï
En contraste, jouer Yasuke transforme considérablement l’expérience de jeu. Après s’être habitué à l’approche méthodique et calculée de Naoe, passer au style de combat frontal de Yasuke peut sembler déstabilisant. Son gameplay rappelle les aspects moins appréciés des titres Assassin’s Creed depuis le troisième opus.
Le combat au corps à corps dans Assassin’s Creed Shadows présente des faiblesses notables qui deviennent évidentes en jouant Yasuke:
| Aspect du combat | Problématique |
|---|---|
| Fluidité | Mouvements souvent maladroits et peu naturels |
| Impact | Sensation de coups sans poids réel |
| Stratégie | Réduite à spammer des attaques |
| Satisfaction | Expérience moins gratifiante qu’une infiltration réussie |
Cette approche directe simplifie l’expérience en un jeu d’action médiocre où la stratégie se résume à foncer dans le tas. La richesse environnementale et l’immersion minutieusement construites sont largement ignorées lorsqu’on adopte cette méthode de jeu. Les combats deviennent répétitifs et manquent de la tension que procure l’infiltration.
En privilégiant Yasuke, on passe à côté de ce qui fait la spécificité et la force de ce jeu dans l’univers d’Assassin’s Creed. Bien que son histoire et sa relation avec Naoe soient touchantes, son style de jeu transforme cette aventure unique en une expérience plus générique.
L’alternance forcée brise le rythme
Un autre aspect problématique du système à deux protagonistes est l’obligation de changer de personnage lors de certaines missions scénaristiques. Après avoir investi du temps dans la progression de Naoe et maîtrisé son style de jeu, ces changements forcés peuvent être frustrants et interrompre le flow de l’expérience.
La force d’une vision concentrée
Assassin’s Creed Shadows brille véritablement lorsqu’il embrasse pleinement son identité de jeu d’infiltration ninja. Le gameplay de Naoe offre une tension constante qui élève l’expérience au-delà d’un simple jeu d’action. Chaque mission devient un défi d’adaptation et d’improvisation.
Ce qui rend ce style de jeu particulièrement séduisant est l’équilibre parfait entre:
- La planification stratégique initiale
- L’adaptation rapide quand les choses tournent mal
- L’utilisation créative de l’environnement pour survivre
- La satisfaction intense d’une infiltration réussie
Naoe incarne la fantaisie d’être un ninja vengeur que la série n’avait jamais offerte auparavant. Sa vulnérabilité face à plusieurs ennemis renforce l’importance de la furtivité et transforme chaque erreur en moment de tension exaltante plutôt qu’en simple occasion de combat.
Le Japon féodal, cadre tant attendu par les fans depuis les débuts de la franchise, trouve sa meilleure expression à travers les yeux d’un ninja plutôt que d’un samouraï. L’exploration méthodique des châteaux et villages prend tout son sens avec un personnage conçu pour se faufiler dans les ombres et observer le monde depuis ses recoins cachés.
Bien que l’inclusion de Yasuke ajoute une dimension narrative intéressante, sur le plan du gameplay, Assassin’s Creed Shadows aurait potentiellement gagné en cohérence et en profondeur en se concentrant exclusivement sur l’expérience ninja. Cette approche aurait permis aux développeurs d’affiner et d’enrichir davantage ces mécaniques de jeu qui représentent véritablement le cÅ“ur battant de cette aventure japonaise.
Tout bien considéré, Assassin’s Creed Shadows montre que dans la conception de jeux vidéo, parfois moins signifie plus. Une vision plus concentrée autour d’un seul protagoniste aurait pu transformer cette excellente aventure en une expérience véritablement légendaire dans l’histoire de la franchise.

