Bungie échoue à faire rejeter le procès concernant Destiny 2 Red War, les preuves YouTube refusées

La justice vient de porter un coup dur à Bungie dans l’affaire concernant Destiny 2 et sa campagne Red War. Le 2 mai 2025, un tribunal fédéral américain a rejeté la tentative du studio de faire abandonner les poursuites pour violation de droits d’auteur. Cette décision marque un tournant significatif dans ce litige qui oppose Bungie à un écrivain affirmant que le contenu de Destiny 2 s’inspire largement de son œuvre non publiée.

Le rejet de la demande de Bungie dans l’affaire Destiny 2

Dans une décision qui fera date, la juge Susie Morgan a refusé de classer l’affaire opposant Matthew Kelsey Martineau (écrivant sous le pseudonyme Caspar Cole) au célèbre développeur de jeux vidéo. L’écrivain allègue que des éléments narratifs et conceptuels de Destiny 2, notamment dans les campagnes Red War et Curse of Osiris, s’inspirent directement de son œuvre publiée sur WordPress avant le lancement du jeu.

Parmi les similitudes évoquées figurent la faction « Red Legion », une puissante force militaire extraterrestre, ainsi que d’autres éléments narratifs communs comme un objet céleste surplombant la Terre, des bêtes de guerre et divers concepts similaires. Martineau a détaillé dans sa plainte plusieurs dizaines de points de convergence entre son œuvre et le jeu de Bungie.

Face à ces accusations, Bungie a tenté fin 2024 de faire rejeter la plainte, qualifiant les allégations de vagues et non fondées. Après une première tentative infructueuse et l’autorisation accordée à Martineau de modifier sa plainte, le studio a déposé une nouvelle motion de rejet qui vient d’être rejetée.

Ce qui rend cette affaire particulièrement complexe est le fait que les campagnes incriminées ne sont plus accessibles dans le jeu, ayant été retirées (« vaulted ») par Bungie il y a plusieurs années. Selon Tyson Green, directeur du jeu, ces anciens contenus ne peuvent plus fonctionner car leur code obsolète est incompatible avec l’infrastructure actuelle de Destiny 2.

Preuves rejetées: YouTube et wikis jugés insuffisants

Pour sa défense, Bungie a tenté une approche inédite en présentant au tribunal des vidéos YouTube créées par des fans et des pages extraites du wiki non-officiel Destinypedia. Le studio espérait ainsi montrer les différences entre son jeu et l’œuvre de Martineau. Cette stratégie a clairement échoué.

La juge Morgan a catégoriquement refusé de prendre en compte ces documents dans sa décision. Plusieurs raisons justifient ce rejet:

  • Ces vidéos et pages wiki sont créées par des tiers et leur authenticité n’a pas été établie
  • Le plaignant n’avait pas fait référence à ces contenus dans sa plainte
  • La comparaison entre une œuvre écrite et un jeu vidéo nécessite une analyse plus complexe
  • Les formats des deux œuvres sont fondamentalement différents

« Le tribunal ne considérera pas les pièces jointes à la motion de rejet du défendeur et ne convertira pas la motion de rejet en une demande de jugement sommaire », a écrit la cour dans sa décision. « Il n’y a pas eu suffisamment de temps pour la découverte, et les pièces jointes sont manifestement d’origine tierce. Leur authenticité n’a pas été établie. »

Cette situation met en lumière un problème plus large concernant la préservation des œuvres numériques et les implications juridiques lorsque des contenus sont retirés de la circulation. Bungie se retrouve dans l’impossibilité de fournir au tribunal une version fonctionnelle des campagnes contestées.

Comparaison des éléments contestés

Éléments de l’œuvre de Martineau Éléments dans Destiny 2
Faction « Red Legion » Faction « Red Legion » (ennemis principaux)
Objet céleste au-dessus de la Terre Le Voyageur surplombant la planète
Bêtes de guerre War Beasts (créatures ennemies)
Armes de flamme Diverses armes à feu liées à l’élément feu
Fusion de lignes temporelles Manipulation du temps via technologie sci-fi

Implications juridiques du vaulting pour l’industrie du jeu vidéo

Cette affaire soulève des questions fondamentales pour l’industrie du jeu vidéo. La pratique du « vaulting » (retrait de contenu) pourrait compliquer considérablement les procédures judiciaires futures impliquant des jeux-service évolutifs. Si les tribunaux ne peuvent examiner le contenu original d’un jeu, comment trancher efficacement les litiges de propriété intellectuelle?

La juge Morgan a souligné que cette situation diffère des précédents juridiques habituels en matière de droits d’auteur. « Cette affaire nécessiterait une analyse comparative beaucoup plus complexe… même si le tribunal avait accès à une version complète de Destiny 2 », a-t-elle déclaré. Elle a également noté que contrairement aux comparaisons entre films ou livres, ce cas implique de confronter « une collection d’écrits courts à plus de treize heures de vidéos YouTube d’origine tierce et plusieurs pages Destinypedia également créées par des tiers. »

Pour Bungie, cette situation crée un précédent délicat. Le studio a reconnu dans les documents judiciaires que les versions originales des campagnes incriminées ne peuvent plus être restaurées dans un format opérationnel ou consultable. « Bungie ne pourra pas produire les campagnes accusées sous forme exploitable ou consultable même si cette affaire passe au stade formel de la découverte », indiquent les documents.

En estimant que les allégations de Martineau étaient suffisamment détaillées pour satisfaire au seuil requis, la juge a conclu que « le plaignant a suffisamment allégué les éléments d’une action en violation de droits d’auteur ». Cette décision permettra au procès de se poursuivre, obligeant Bungie à faire face aux accusations sans pouvoir utiliser les preuves qu’il souhaitait soumettre.

Ce litige marque potentiellement un point de basculement dans la façon dont les tribunaux traitent les affaires impliquant des jeux en constante évolution. Il pourrait inciter les développeurs à repenser leurs stratégies de préservation de contenu, particulièrement lorsque ces contenus pourraient faire l’objet de contestations juridiques futures.

Retour en haut